Depuis plusieurs mois, la Guinée est frappée par une crise de liquidité persistante. Les retraits bancaires sont devenus un véritable parcours du combattant pour les citoyens et les opérateurs économiques. Face à cette urgence, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a rencontré les responsables de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Artisanat de Guinée (CCIAG) afin de trouver des solutions rapides.
Ce samedi 28 mars 2026, les responsables de la Chambre de Commerce ont réuni leur base pour restituer les instructions présidentielles. Selon le président de la CCIAG, les échanges ont été directs et décisifs.
Tout a commencé le mercredi 25 mars, lors de l’inauguration du nouveau siège de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). Lors de la coupure du ruban, le Chef de l’État a surpris l’assistance en déclinant tout discours officiel, préférant réserver son message au secteur privé.
« C’est une marque de considération. Aussitôt après la cérémonie à la Banque Centrale, nous avons été appelés au Palais Mohammed V, » explique le président de la Chambre de Commerce. Entouré des membres du gouvernement et des chefs des forces de défense et de sécurité, le Président Doumbouya a magnifié les efforts du secteur privé tout en abordant de front la question de la liquidité.
1. Approvisionnement en devises des banques primaires
Le premier point de rupture identifié concerne l’accès aux devises pour les importations. Le Chef de l’État a instruit le Ministre de l’Économie et le Gouverneur de la BCRG de veiller à ce que les banques primaires soient suffisamment alimentées. L’objectif est de garantir que toutes les commandes internationales puissent être payées via le circuit bancaire officiel, facilitant ainsi les activités des opérateurs économiques.
2. Sanctuarisation du secret bancaire
Pour restaurer la confiance, le Président a rappelé une règle d’or : la discrétion. « Le compte bancaire doit être secret et à la seule discrétion de son titulaire, » a rapporté le responsable de la CCIAG. Le Chef de l’État a formellement interdit aux institutions de l’État ou aux banques de divulguer des informations sur les avoirs des opérateurs économiques sans base légale, afin de mettre fin aux fuites d’informations et aux tracasseries.
3. Fin de la thésaurisation : « L’argent doit circuler »
Le point le plus critique concerne la thésaurisation (le fait de garder d’importantes sommes d’argent liquide hors du circuit bancaire). Le Président a exhorté les commerçants à cesser de stocker le cash dans les coffres-forts à domicile ou dans les magasins.
• Facilitation des dépôts : Désormais, lors d’un versement, les banques n’auront plus à exiger de justificatifs d’origine immédiats pour les fonds versés afin de fluidifier l’entrée des liquidités.
• Sécurité des transferts : Les banques commerciales sont invitées à mettre à disposition des véhicules de sécurité pour escorter les commerçants souhaitant transférer leurs fonds vers les agences bancaires.
• Garantie douanière : Le Chef de l’État a rassuré les importateurs : le volume de fonds déposés ou virés en banque ne servira pas de base à la douane pour une réévaluation arbitraire de la valeur mercuriale des marchandises.
À compter du 15 avril 2026, la domiciliation bancaire de toutes les opérations d’importation deviendra une exigence stricte.
Enfin, le volet judiciaire a été abordé. Pour sécuriser les transactions entre particuliers et entreprises, le Président a annoncé des sanctions très sévères contre toute personne émettant un chèque sans provision.
Le Chef de l’État s’est adressé particulièrement aux acteurs du grand marché de Madina (Matam) : « Nous connaissons votre valeur. Mobilisez vos frères. » Il a conclu en avertissant que si la sensibilisation ne suffisait pas, le gouvernement disposait de solutions pour contraindre ceux qui retiennent illégalement la liquidité dans des caveaux privés à réintégrer le circuit formel.
La Chambre de Commerce, le Patronat et les ministères concernés sont désormais chargés de veiller à l’application rigoureuse de ces mesures pour mettre fin à l’asphyxie financière du pays.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



