Le projet de nouvelle constitution, qui a été remise officiellement au président de la République en juin dernier, continue de faire débat dans le pays. Si sa vulgarisation se poursuit sur le terrain, un article en particulier suscite une vive controverse. En effet, l’article 45 de la nouvelle constitution stipule que pour être candidat aux élections, il faut avoir au moins 40 ans et ne pas dépasser 80 ans.
Dans une interview exclusive accordée à Avenirguinee, Elhadj Mohamed Mansour Kaba, président du Parti Panafricain de Guinée (PAG), a exprimé son mécontentement quant à cette disposition, qui exclut les candidats âgés de plus de 80 ans des scrutins. Un homme politique de longue date et acteur clé des premières élections présidentielles de 1993, Mohamed Mansour Kaba n’a pas caché sa colère face à ce qu’il considère comme une division de la nation.
Pour lui, cette nouvelle constitution n’est pas un outil de rassemblement, mais bien un facteur de division. « Cette constitution ne nous rassemble ni ne nous ressemble. C’est faux. Elle nous divise », a-t-il déclaré. Le président du PAG insiste sur le fait qu’aucune constitution en Guinée n’a jamais interdit à une personne de plus de 80 ans de se présenter à une élection. « Depuis l’époque du feu Ahmed Sékou Touré jusqu’à aujourd’hui, on n’a jamais interdit à quelqu’un de plus de 80 ans d’être candidat à quoi que ce soit. C’est une première, et c’est faux », a-t-il ajouté.
L’homme politique a souligné par la suite que cette exclusion des personnes âgées de plus de 80 ans n’est pas une pratique qui a jamais existé dans le pays. « Ce n’est pas une chose qu’on a jamais faite auparavant. Est-ce qu’à 89 ans, tu es déjà mort ? » s’est-il interrogé, déplorant ce qu’il appelle une injustice envers les aînés de la nation.
À l’âge de 85 ans, Mohamed Mansour Kaba est personnellement concerné par cette mesure. « Aujourd’hui, j’ai 85 ans, mais je ne dois pas être éliminé. C’est pour cela que je n’ai rien à faire dans cette République, dans ses actes politiques. Cette constitution ne m’intéresse pas », a-t-il affirmé. Selon lui, il s’agit d’un texte qui ne répond pas aux besoins de la Guinée actuelle, mais qui introduit plutôt une division au sein de la population.
« Ce n’est pas l’unification du pays. Quand tu élimines des gens d’un certain âge, ce n’est pas ce qu’on a fait auparavant. Ce n’est pas ce que la Guinée a été jusqu’ici », a-t-il martelé, soulignant que cette constitution s’éloigne de l’histoire et des valeurs du pays, notamment en ce qui concerne l’héritage du non au référendum de 1958.
Malgré sa critique acerbe, l’un des plus vieux politiques n’a pas totalement perdu espoir pour l’avenir de la Guinée. « Si je continue à me battre sur le plan politique, c’est pour mes militants, mes jeunes militants. Je n’ai pas perdu l’espoir qu’un jour la Guinée sera ce que je souhaite : un pays démocratique, un pays développé », a-t-il conclu.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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