Par un décret lu à la télévision nationale ce lundi 12 octobre 2026, le Président de la République a fixé la date des élections régionales au dimanche 29 novembre 2026, et celle de l’élection des deux tiers des sénateurs au dimanche 20 décembre 2026.
Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction ce mardi 13 octobre 2026, Boubacar Sylla, activiste de la société civile et président du Club des Amis du Monde (CAM), livre une analyse détaillée de ce scrutin indirect et en décortique les enjeux.
« D’abord, il s’agit d’élections constitutionnelles. Qu’il s’agisse des sénatoriales ou de l’élection des conseillers régionaux, ce sont des étapes prescrites par la Constitution de la République de Guinée », rappelle d’emblée Boubacar Sylla.
Il souligne ensuite la spécificité de ce mode de scrutin : « Après les élections législatives, présidentielles et communales, il est logique d’aller vers ces scrutins, mais à suffrage indirect. C’est une modalité peu connue en Guinée. Pour les communales, les citoyens ont élu leurs conseillers communaux, qui se sont ensuite réunis pour désigner le maire et ses adjoints. Pour les régionales, le principe est similaire : l’ensemble des conseillers communaux d’une région vont choisir ceux qui les représenteront à l’échelle régionale. Ils formeront une sorte d’assemblée régionale chargée de coordonner les collectivités et d’élire le président régional. »
Le président du CAM tient à rassurer la population : « Il n’y a pas d’ambiguïté : l’électorat global ne sera pas convoqué aux urnes le 29 novembre. Seuls les élus communaux iront voter. »
Précisant les conditions d’éligibilité, Boubacar Sylla se veut catégorique : « Seuls les conseillers communaux peuvent se présenter. Un citoyen qui n’est pas déjà élu au niveau d’une mairie ne peut pas prétendre à un siège de conseiller régional. Ce sont ces mêmes élus locaux qui composeront l’assemblée régionale et désigneront leur président. »
Interrogé sur le fait de savoir si ce calendrier électoral consacre le retour définitif à l’ordre constitutionnel, l’activiste nuance : « Sur le plan institutionnel, oui, nous avançons vers la mise en place des organes prévus par la Constitution. Mais ce processus doit s’accompagner de transparence et de bonne gouvernance pour consacrer un réel transfert du pouvoir vers une gouvernance civile. Aujourd’hui, l’ensemble des préfets et gouverneurs sont des militaires. Or, la Constitution ne stipule pas que ces postes doivent être réservés à l’armée. Tout citoyen guinéen apte doit pouvoir y accéder. C’est cela, un véritable retour à l’ordre constitutionnel accepté et acceptable. »
Sur l’impact de ces nouvelles institutions sur le quotidien des Guinéens, le président du CAM ne cache pas son scepticisme : « Rien ne va changer. À un moment où le Premier ministre demande aux Guinéens de se serrer la ceinture, on crée de nouvelles structures budgétivores. Regardez les députés de l’Assemblée : combien de véhicules 4×4 leur ont été achetés ? Pendant ce temps, des écoles situées à moins de 20 kilomètres du palais Sékhoutouréya tombent en ruine. Dans d’autres pays, les parlementaires perçoivent simplement des indemnités de session, alors qu’ici, ils accumulent salaires et véhicules de fonction. »
Il poursuit son analyse en ciblant la répartition des ressources publiques : « L’argent injecté dans le fonctionnement du Sénat aurait pu servir à financer l’éducation ou à réapprovisionner les centres de santé en médicaments essentiels. Certes, les conseillers régionaux et le Sénat sont prévus par la Constitution et nous devons faire avec, mais qu’apporteront-ils concrètement ? On reste dans le statu quo alors que les maires manquent déjà de subventions pour développer leurs communes. Le véritable développement passe par une politique décentralisée où l’on donne aux élus locaux les moyens d’agir, notamment pour l’assainissement. »
Enfin, Boubacar Sylla alerte les futurs candidats aux sénatoriales sur ce qu’il qualifie de contradiction juridique : « Le président de la République nommera un tiers des sénateurs, tandis que les deux tiers restants seront élus par les conseillers communaux et régionaux. Mais attention aux délais de dépôt de candidature ! L’article 197 du Code électoral évoque un délai de 60 jours, tandis que l’article 201 du même document mentionne 70 jours. J’invite le Ministère de l’Administration du Territoire et l’organe en charge des élections à clarifier rapidement ce point, et j’incite les candidats à faire preuve de prudence pour ne pas se retrouver hors-jeu. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



