L’adoption du projet de nouvelle Constitution continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive au sein de la classe politique guinéenne.
D’un côté, le gouvernement mène une campagne de vulgarisation de la Constitution, en mettant en avant de nouveaux textes. De l’autre, certains acteurs politiques ne voient pas la nécessité d’un tel changement.
Lors d’une interview accordée à notre rédaction le mercredi 23 juillet, le président du parti UDRP, Dr Édouard Zotomou Pogomou, a estimé qu’un amendement de la Constitution de 2010 aurait été préférable à un changement complet.
Selon lui, ce changement n’aurait pas été nécessaire s’il n’y avait pas une volonté cachée de confisquer le pouvoir : « Vous savez, la nouvelle Constitution, c’est un document que les gens ont concocté, et dont on n’avait en réalité pas besoin. Ce n’est pas parce qu’il y a eu un coup d’État qu’il faut nécessairement changer la Constitution. Et ce n’est pas parce qu’on change de gouvernement qu’on doit avoir une nouvelle Constitution. Les gens qui font des coups d’État et qui profitent de l’occasion pour changer la Constitution sont souvent ceux qui veulent s’éterniser au pouvoir.
Sinon, la Constitution en elle-même, je l’ai toujours appelée un bréviaire. C’est une sorte de carte, qui doit effectivement guider toutes les démarches pour le développement d’un pays, d’une nation. La Constitution qui a été écrite, encore une fois, on n’en avait pas besoin. »
Le vice-président de l’ANAD revient également sur les causes profondes ayant mené au 5 septembre, soulignant que le véritable problème du pays a toujours été le non-respect des textes existants, et non la Constitution elle-même.
« En réalité, ce qui est en train de se préparer, c’est que lorsque le CNRD est arrivé au pouvoir, ils n’étaient pas venus dans ce cadre. Ils sont venus pour corriger des erreurs, mettre fin aux divisions. Mais il semble qu’on leur ait soufflé à l’oreille qu’ils pouvaient rester, car, comme on dit, l’appétit vient en mangeant.
De fil en aiguille, ils ont décidé qu’ils allaient eux-mêmes résoudre les problèmes du pays. Pour donner une couverture légale à ce qu’ils entreprennent, ils ont mis en place des structures comme le CNT, modifié l’architecture administrative, militarisé la gouvernance, et tout fait pour rester en place. Or, nous avions déjà une Constitution. Celle de 2010 était le fruit d’un consensus et posait les bases d’une bonne gouvernance. Le problème n’a jamais été la Constitution, mais plutôt le non-respect des textes. Voilà pourquoi je dis que nous n’avions pas besoin de cette nouvelle Constitution. Regardez les États-Unis : leur Constitution date de 1789 et elle est toujours en vigueur, avec seulement 27 amendements pour l’adapter aux réalités. »
En conclusion, le leader politique souligne une contradiction majeure entre la Charte de la transitionet la nouvelle Constitution, notamment à propos de l’article 46, qui interdisait au président de la transition et aux membres du CNRD toute candidature. Cet article, tout comme les articles 55 et 65, n’a pas été reconduit dans la nouvelle Constitution une omission lourde de conséquences, selon lui.
« La Charte établissait clairement les limites du pouvoir de la transition. L’article 46 stipulait que ni le président de la transition, ni les membres du CNRD ne pouvaient être candidats à quoi que ce soit. L’article 55 disait la même chose pour le Premier ministre et son gouvernement. L’article 65 s’appliquait aux membres du CNT.
Aujourd’hui, dans la nouvelle Constitution, rien de tout cela n’est mentionné. Ces dispositions ont été complètement balayées. Cela ouvre un boulevard pour des contestations électorales à venir. Il s’agit déjà d’une violation en soi. La Constitution, telle qu’elle est écrite, ne garantit pas une sortie de transition équilibrée ni un climat d’entente entre les Guinéens. »
Pour rappel, le référendum est prévu le 21 septembre prochain, au cours duquel les Guinéens décideront du maintien ou non de cette nouvelle Constitution.
Sona Sylla, pour Avenirguinee.org



