En Guinée, les cancers du sein et du col de l’utérus sont devenus des préoccupations de santé publique majeures. Il suffit de parcourir les réseaux sociaux pour mesurer l’ampleur du phénomène et le nombre croissant de femmes touchées par ces pathologies redoutables.
Face à cette situation critique, notre rédaction s’est entretenue mardi 13 octobre avec un praticien spécialiste. Le Dr Ben Youssouf Keïta est revenu en détail sur les facteurs de risque, la manifestation des symptômes et les méthodes de prévention indispensables pour faire face à ces deux cancers.
D’entrée de jeu, le spécialiste s’est intéressé à la nature et aux prédispositions du cancer du sein : « Le cancer du sein est généralement d’origine idiopathique, c’est-à-dire qu’on ne peut pas toujours en déterminer la cause exacte avant l’apparition subite de la tumeur. Cependant, il existe des facteurs prédisposants. Par exemple, si vous venez d’une famille où la mère, une tante, la grand-mère, une sœur ou une cousine de la même lignée a souffert d’un cancer du sein, vous présentez une prédisposition héréditaire. Généralement, le cancer du sein peut toucher les femmes âgées de 25 à 70 ans », explique-t-il.
Le Dr Keïta a ensuite insisté sur le caractère particulièrement insidieux de la maladie à ses débuts : « Ce qui rend le cancer du sein si dangereux, c’est que c’est une maladie insidieuse qui survient sans crier gare : ni douleur, ni fièvre, ni gêne particulière au début. La patiente remarque simplement une boule ou une petite tumeur, le plus souvent située au niveau du quadrant supérieur externe du sein. Qu’il s’agisse du sein droit ou gauche, la découverte se fait souvent par hasard, en se lavant ou lors d’une autopalpation. C’est le tout début de la maladie. D’où l’importance du dépistage précoce : lorsqu’il est diagnostiqué tôt, on a toutes les chances de le guérir radicalement. En revanche, si la femme attend que la tumeur évolue au point de devenir une grosse masse, de déformer le mamelon, d’altérer la peau ou même d’entraîner une plaie, le cancer est alors très avancé et les chances de guérison deviennent très faibles. »
S’agissant du protocole de soins et des examens préconisés, le praticien détaille la démarche médicale requise : « Lorsque la maladie est détectée tôt, une biopsie est réalisée pour confirmer le diagnostic. Le chirurgien procède ensuite à un traitement radical, à savoir une mastectomie associée à un curage ganglionnaire axillaire. La patiente est ensuite soumise à de la chimiothérapie, de la radiothérapie, voire de l’immunothérapie, afin d’éliminer définitivement le cancer. »
Le spécialiste rappelle que chaque femme dispose d’outils simples pour surveiller sa santé au quotidien : « Le dépistage précoce est donc essentiel. Chaque femme peut le réaliser elle-même grâce à une autopalpation hebdomadaire sous la douche ou en observant la morphologie de ses seins devant un miroir. C’est un geste simple accessible à 100 % des femmes. À cela s’ajoute la mammographie, recommandable à partir de 40 ans. Cet examen permet de détecter des anomalies avant même l’apparition d’une boule palpable. Comme ces examens ont un coût, une prise en charge par l’État permettrait aux femmes de plus de 40 ans de faire au moins une mammographie par an. »
Il souligne également l’impact de certaines habitudes sur la santé globale : « En dehors des facteurs génétiques, le tabagisme et la consommation excessive d’alcool constituent des facteurs de risque majeurs pour le cancer du sein comme pour celui de l’utérus. »
Abordant la seconde pathologie, le médecin a apporté des précisions sur le cancer du col de l’utérus : « Son diagnostic est accessible, mais ses manifestations initiales doivent alerter. Généralement, la femme présente des saignements anormaux en dehors de ses règles, ou encore des douleurs et des saignements pendant les rapports sexuels. Dès l’apparition de ces signes, il est urgent de consulter pour effectuer un dépistage précoce. Plus le diagnostic est posé tôt, plus le traitement est simple et efficace. »
Le Dr Ben Youssouf Keïta a tenu à déconstruire un préjugé tenace autour de la maternité : « Les femmes prédisposées au cancer du col de l’utérus sont très souvent celles qui n’ont pas eu d’enfants ou qui en ont eu peu. Contrairement à une croyance répandue, avoir beaucoup d’enfants ne protège pas toujours. C’est une information importante à connaître. Les tranches d’âge les plus touchées se situent généralement entre 40 et 90 ans. »
Interrogé sur les agents responsables de cette forme de cancer, le praticien s’est voulu explicite : « Outre les facteurs idiopathiques, la prédisposition familiale et l’exposition au tabac ou à l’alcool, ce cancer est très souvent lié à un agent infectieux pathogène (comme le Papillomavirus humain ou certaines infections virales). Le diagnostic repose sur un prélèvement réalisé lors du dépistage et analysé en laboratoire. Une fois le diagnostic confirmé, le traitement consiste en une résection chirurgicale totale, suivie de séances de chimiothérapie ou de radiothérapie, permettant une guérison complète si aucune métastase ne s’est développée », conclut-il.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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