Près d’un an après la nuit tragique du 20 au 21 août 2025, le drame de Manéah garde toute sa douleur. Alors que 19 corps avaient été extraits des décombres et que 10 victimes restent introuvables, le quotidien des rescapés s’apparente à un calvaire sans fin. La rédaction d’avenirguinee s’est rendue sur les lieux ce dimanche 9 août 2026. Entre précarité extrême, promesses non tenues et effacement des souvenirs, le constat est saisissant.
Sur le site du sinistre, la détresse est intacte. Les visages restent marqués par l’effroi de cette nuit fatidique, et chaque prise de parole est un choc émotionnel. La terre, qui s’est effondrée il y a près de 365 jours, garde encore en son sein les dépouilles de nombreux disparus.
Le calvaire de Sory Konaté : « Mes proches sont toujours sous ces décombres »
Parmi les sinistrés rencontrés, Sory Konaté bat le rappel de l’horreur. Les larmes aux yeux, la voix nouée par un chagrin inépuisable, il contemple l’amas de terre et de débris où se dressait autrefois sa concession de quatre chambres, salon et douche.
« En vérité, il est difficile d’exprimer ce qui s’est passé ici le 20 août 2025 », confie-t-il, la voix tremblante. « À l’endroit exact où nous sommes arrêtés, sous ces décombres, il y a encore ma femme, mes deux enfants, mon frère et sa femme. Ce jour-là, vers 20 h 15, je rentrais du travail. Tout près d’ici, j’ai entendu des cris. Le temps de regarder, la boue s’effondrait sur les maisons. Cinq membres de ma famille étaient à l’intérieur. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. »
De toute sa famille, seul son petit garçon a survécu à la catastrophe, sauvé par un concours de circonstances poignant : sa mère l’avait envoyé acheter des bonbons pour le bébé quelques minutes avant l’éboulement.
Aujourd’hui, Sory et son fils survivent dans un désarroi total : « C’est comme si je vivais dans un autre monde. Parfois, tout me semble être un cauchemar… Aujourd’hui, il est même difficile de reconnaître l’endroit où je vivais. »
Face à l’urgence au lendemain du drame, les autorités avaient relogé temporairement les victimes au camp militaire local. Une parenthèse de protection de huit mois qui a brusquement pris fin pour motifs opérationnels, l’armée devant réoccuper les lieux pour une formation.
Pour pallier ce départ précipité, l’État a octroyé :
40 millions de francs guinéens d’avance aux sinistrés directs (ayant perdu leurs proches et leurs concessions) pour couvrir un an de loyer ;
30 millions de francs guinéens pour les ménages déplacés non impactés directement.
Mais depuis ce versement forfaitaire, le silence radio est total.
« Depuis plus de quatre mois, nous n’avons aucune nouvelle », dénonce Sory Konaté. « L’avance d’un an de loyer touche à sa fin. Trouver un logement équivalent coûte extrêmement cher. Je n’ai rien pu sortir de ma maison. Je suis complètement désemparé et j’ai perdu tout espoir. »
Interrogés sur l’avenir, les rescapés font preuve d’un pragmatisme teinté de désespoir. Si l’idéal reste un relogement définitif ou une indemnisation juste pour rebâtir un foyer pour leurs enfants, l’absence d’alternatives concrètes pourrait les contraindre à l’impensable : se réinstaller sur la zone à risque.
« Nous ne tenons pas absolument à revenir si l’État nous trouve un autre endroit », explique M. Konaté. « Mais si ce n’est pas le cas, nous préférerons revenir ici, car nous n’avons pas d’argent pour acheter un autre terrain. »
À l’approche du premier anniversaire de la tragédie, le 20 août prochain, la communauté des sinistrés prépare une cérémonie de sacrifice et de prières pour honorer la mémoire des disparus. Sans ressources, ils lancent un appel à la solidarité nationale et s’adressent directement aux autorités du pays.
« Nous demandons aux personnes de bonne volonté et à l’État, en particulier au Président, le Général Mamadi Doumbouya, de nous venir en aide. L’année dernière, nos enfants n’ont pas pu étudier. Si le gouvernement ne fait rien, ils ne pourront pas non plus reprendre le chemin de l’école cette année. »
L’ombre d’une enquête sans suite
Au-delà de la prise en charge sociale, une question de justice et de transparence demeure en suspens. Au lendemain du drame, le gouvernement avait promis l’ouverture d’une enquête approfondie pour situer les responsabilités et expliquer les causes exactes de ce glissement de terrain mortel.
Un an plus tard, aucun rapport n’a été rendu public. Une opacité qui alimente l’amertume des familles endeuillées : à quand la publication des conclusions officielles ?

À suivre, d’autres témoignages exclusifs dans nos prochaines publications.
De retour de Coyah, Ibrahima Sory Camara pour Avenirguinee.org



