MAMOU — Alors que le mégaprojet minier de Simandou franchit des étapes clés avec l’achèvement de la ligne du chemin de fer Transguinéen (CTG), la réalité sur le terrain reste sombre pour les populations riveraines de la préfecture de Mamou. Dans les sous-préfectures de Ouré-Kaba et de Soyah, la cohabitation entre le projet et les communautés locales fait naître une vive exaspération, nourrie par des préjudices environnementaux persistants et un sentiment d’abandon.
Selon le 8ᵉ et 9ᵉ rapport trimestriel de suivi citoyen (couvrant la période de décembre 2025 à mai 2026), les travaux de construction ont laissé derrière eux des traces indélébiles : bas-fonds envahis par la boue, cours d’eau pollués, expropriations mal compensées et processus de réinstallation inachevés.

Des bas-fonds devenus infertiles et des familles dans la détresse
Sur le terrain, les terres agricoles qui assuraient la subsistance de centaines de ménages sont aujourd’hui inexploitables. Mamadou Lamarana Sow, membre du comité de suivi de l’impact du projet Simandou, dresse un constat accablant sur la dégradation de l’environnement :
« L’environnement est pollué, les champs agricoles sont envahis par la boue, aucun moyen de cultiver dessus parce que la terre est devenue argileuse et infertile. C’est très difficile pour ces familles qui sont impactées par cette pollution : elles n’ont plus où cultiver, parfois elles empruntent les domaines du voisin afin de travailler et subvenir à leurs besoins ».
L’un des points de friction majeurs réside dans l’attitude des intermédiaires et le sentiment d’injustice face aux compensations jugées insignifiantes au regard des dégâts causés. Mamadou Lamarana Sow dénonce notamment le comportement de certains agents et la précarité des déplacés :
« Les agents communautaires ne sont pas du tout coopératifs, ils défendent uniquement l’intérêt des Chinois. Normalement, venir offrir des sacs de riz est inacceptable, mais ces familles n’ont pas d’autres choix, et ces sacs de riz ne peuvent pas les soulager puisque ce n’est rien face à leur récolte. Ces 34 familles vivent la misère, la société n’a pas tenu son engagement par rapport aux sites de réinstallation : aucune condition n’est là pour y habiter, le lieu est dégradé et la route est impraticable ».
Dysfonctionnement du mécanisme de gestion des plaintes
Malgré les efforts de médiation et de sensibilisation menés par la société civile auprès des villageois, les voies de recours conventionnelles semblent au point mort. Mamadou Dioudia Sow, coordinateur du comité de suivi, souligne le travail d’alerte accompli mais pointe du doigt le refus systématique de prendre en charge les doléances des victimes :
« Chaque période, le comité du suivi de l’impact Simandou qui relève de Ouré-Kaba jusqu’à la préfecture de Soyah a tenu des séances de sensibilisation pour ce rapport semestriel et ces séances ont touché 198 personnes dont 92 femmes. Nous avons également enregistré des cas de plaintes des familles impactées qui ne sont pas prises en compte et nous déplorons cela. Pendant plusieurs années, des plaintes sont déposées dont certaines refusées par les responsables et les agents communautaires de la société sous-traitante qui évolue dans la sous-préfecture de Ouré-Kaba et de Soyah, et nous craignons beaucoup. »
Le coordinateur pointe également des irrégularités dans les indemnisations et lance un appel pressant aux autorités judiciaires, préfectorales et régionales :
« Nous demandons à chaque trimestre lors de la restitution de nos rapports qu’ils y participent et nous viennent en aide par la voie juridique et le respect de l’environnement. Il y a eu des compensations qui ont été mal faites, dont nous détenons la copie pour une personne. Nous demandons à nos responsables locaux et régionaux que justice soit faite, dans le cadre du respect de l’environnement, également sur les droits des communautés. »
Un risque d’escalade et de blocage total des activités
Face à la persistance des manquements aux obligations légales prévues par le Code minier guinéen (notamment la réparation intégrale des préjudices subis), la patience des communautés locales arrive à ses limites. Le coordinateur du comité avertit fermement sur les risques de paralysie du projet si des réponses concrètes ne sont pas apportées dans les plus brefs délais :
« Les communautés sont prêtes à recourir à la force, c’est ce que le comité refuse. Mais si les plaintes restent sans réponses favorables, nous allons laisser la communauté agir comme elle veut, nous allons les soutenir et se préparer aux éventuelles conséquences. Toutes les machines seront bloquées ici, même les Chinois ne sortiront pas d’ici : toutes les sorties ou rentrées seront fermées jusqu’à ce qu’ils cèdent à nos demandes. »
Alors que la phase d’exploitation et de gestion des infrastructures ferroviaires s’amorce avec La Compagnie du TransGuinéen (CTG), l’urgence d’un dialogue sincère et d’une réparation juste des dommages s’impose comme une condition absolue pour maintenir la paix sociale le long du corridor de Simandou à Mamou.
Ci-dessous, le rapport de l’impact du projet Simandou à Mamou
‘impact semestriel comité️- Mamou(nov-mai 2026)
Sona Sylla pour avenirguinee.org



