Face à la récurrence inquiétante des effondrements de bâtiments dans la capitale guinéenne et ses environs, les interrogations se multiplient au sein de la population. Dans un entretien accordé à notre rédaction mardi 21 juillet 2026, Boubacar Diallo, entrepreneur et ingénieur en BTP, livre son analyse technique sur les causes de ce phénomène et pointe du doigt les responsabilités partagées entre propriétaires, professionnels du secteur et autorités.
Pour l’expert en bâtiment, le problème réside avant tout dans le manque d’implication et de rigueur des différents intervenants sur les chantiers : « C’est vraiment déplorable de constater ce genre de choses sur notre territoire. Il faut que les acteurs de la chaîne s’impliquent beaucoup plus, du maître d’ouvrage jusqu’au contrôleur. Il est difficile de pointer du doigt un seul responsable, car c’est une chaîne. Si le maître d’ouvrage refuse de recruter le cabinet qu’il faut ou banalise les procédures, et que des professionnels acceptent n’importe quelle offre pour ne pas rester au chômage, les risques surviennent. »
Interrogé sur la marche à suivre avant d’entamer toute construction, Boubacar Diallo rappelle une règle fondamentale trop souvent ignorée : « La première étape indispensable, c’est de recruter une main-d’œuvre spécialisée. On ne peut pas solliciter un maçon pour élaborer un plan ou réaliser des études de structure. Un cabinet reconnu maîtrise toutes les étapes clés, de l’étude géotechnique du sol jusqu’à l’obtention du permis de construire. Avec un suivi rigoureux, les risques d’effondrement deviennent extrêmement minimes. »
S’agissant de la prolifération rapide des immeubles et de l’occupation de zones périlleuses, notamment aux pieds des montagnes, l’ingénieur tire la sonnette d’alarme : « Les gens qui construisent dans ces zones ne voient souvent que leur intérêt immédiat. Les risques réels sont les éboulements et les effondrements. L’autorité doit renforcer sa vigilance pour stopper ces pratiques anarchiques. »
Pour endiguer ce fléau, Boubacar Diallo formule des recommandations concrètes à destination de chaque partie prenante :
- Aux propriétaires : Éviter de confier des projets à des personnes non qualifiées uniquement pour réduire les coûts.
- Aux professionnels du BTP : Faire preuve d’éthique en refusant les marchés lorsque les normes et principes de sécurité ne sont pas respectés par les clients.
- À l’État : Renforcer la présence et les prérogatives des équipes de contrôle (Habitat, Gendarmerie) sur le terrain pour veiller à l’application stricte de la réglementation.
En guise de conclusion, l’ingénieur rappelle la lourde responsabilité qui pèse sur les épaules des constructeurs : « Dans le BTP, la responsabilité est immense. Comme on le dit souvent, un ingénieur qui rate ses calculs en bâtiment est plus dangereux qu’un médecin qui rate son intervention. Le médecin peut perdre un patient, mais imaginez l’effondrement d’un immeuble de neuf étages (R+9) habité par des dizaines de familles. J’invite chacun à se conformer aux textes de loi et aux procédures en vigueur pour préserver des vies. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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