Sur toute l’étendue du territoire national, les nouveaux maires issus des élections législatives et communales du 31 mai dernier ont commencé à s’installer. Cependant, cette étape cruciale a été émaillée de scènes de violences dans plusieurs localités.
Comment ce processus a-t-il été observé par la société civile ? Quelles sont les attentes vis-à-vis de ces nouveaux dirigeants locaux et comment doivent-ils gérer les fonds publics pour éviter les dérives ? Pour répondre à ces interrogations, nous avons tendu notre micro ce vendredi 3 juillet 2026 au président de la Coalition Nationale des Organisations de la Société Civile (CONASOC), M. Sangaré, qui condamne fermement ces violences.
« Nous aurions souhaité que le choix exprimé par le peuple de Guinée dans les urnes se répercute pacifiquement lors de la mise en place des exécutifs communaux. Là où les citoyens ont voté sans problème, pourquoi l’installation des bureaux doit-elle susciter des tensions ? C’est un sentiment mitigé que j’éprouve, empreint de désolation face au comportement de certains de ceux qui sont appelés à présider aux destinées de nos communes, qu’elles soient urbaines ou rurales. Imaginez un exécutif qui se déchire avant même de commencer à gérer sa population. C’est déplorable. Nous aurions voulu que les acteurs s’entendent pour mettre en place une équipe au service de la collectivité et non d’intérêts individuels », dit-il.
Et d’ajouter, « aujourd’hui, avec la nouvelle Constitution, les collectivités locales disposent d’un pouvoir accru et vont recevoir des budgets très importants. Si certains pensent que la mairie est un raccourci pour s’enrichir, ils se trompent lourdement. L’État doit prendre toutes ses responsabilités pour surveiller la gestion de ces nouvelles autorités et veiller à ce qu’il n’y ait aucun dérapage. Détourner l’argent destiné au bien-être de la population est inadmissible. »
Poursuivant son analyse, le leader de la CONASOC revient sur les incidents survenus dans la capitale : « Ce que j’ai déploré hier, ce sont ces scènes de violence observées un peu partout. Je prends les exemples de Matam, Ratoma ou Gbessia, où l’exécutif n’a même pas pu être installé. Dans ce processus, ce ne sont pas les individus ou les têtes d’affiche qui comptent, mais plutôt l’intérêt supérieur des communes. L’État va injecter d’importants moyens. Ces personnes à la tête des mairies seront-elles à la hauteur pour les gérer ? C’est toute la question. Nous n’avons pas du tout apprécié ces images de violences qui ont entaché le processus hier. »
Concernant les attentes de la société civile, l’activiste rappelle les promesses de campagne et fixe les priorités : « Chaque maire a battu campagne et a pris des engagements. Nous avons les archives, nous les avons écoutés : personne n’a dit qu’il allait brûler sa commune. Chacun a promis de développer et de faire rayonner sa localité. Maintenant, nous les attendons au tournant. Pour nous, la première des priorités reste la lutte contre l’insalubrité étouffante dans nos communes. C’est à cela qu’on mesurera leur efficacité. Il y a aussi la modernisation des marchés : là où la population s’approvisionne en nourriture, les aliments sont parfois vendus à même le sol, dans la boue. L’accès à l’eau potable est un autre défi majeur. Dans certaines communes, ce problème persiste. S’ils s’attaquent d’abord à l’insalubrité, à l’eau et à la sécurité, ce sera un grand soulagement pour les populations. »
Interrogé enfin sur les risques de détournement de deniers publics, le président Sangaré se montre on ne peut plus clair et prévient les nouveaux élus : « Je leur conseille vivement de faire très attention et de ne pas emprunter les chemins tortueux qui les conduiront directement devant la CRIEF ».
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinée.org
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