Le drame routier a encore frappé la capitale guinéenne en plein cœur. Ce vendredi 12 juin 2026, peu après midi, un grave accident de la circulation s’est produit à Matoto Kondéboungni, coûtant la vie à un jeune marchand ambulant et faisant plusieurs blessés. Au-delà du choc légitime, cette tragédie remet brutalement en lumière le danger permanent auquel sont exposés des milliers de commerçants ambulants qui rôdent quotidiennement entre les pare-chocs sur les grands axes de Conakry.
Le film du drame à Kondéboungni
Selon les informations recueillies sur les lieux par notre rédaction, l’accident a impliqué un camion benne transportant un lourd conteneur et un véhicule de type RAV4. Ce dernier était tranquillement garé au bord de la route, son propriétaire se trouvant à l’intérieur d’une banque située à proximité.
Pour des raisons encore inconnues défaillance mécanique ou perte de contrôle , le camion a brusquement quitté sa trajectoire avant de percuter violemment la RAV4 en stationnement. La force de l’impact a été telle que le véhicule léger a été littéralement broyé. Malheureusement, un marchand ambulant qui se faufilait dans la zone pour proposer ses articles aux usagers a été mortellement fauché sur le coup. Plusieurs autres personnes se trouvant à proximité du véhicule impacté ont également été blessées.
Selon les premiers témoignages, le chauffeur du camion a immédiatement pris la fuite après le drame pour échapper à la vindicte populaire. Les services de sécurité, rapidement dépêchés sur les lieux pour réguler la circulation et évacuer les blessés, ont ouvert une enquête pour retrouver le fugitif.
Marchands ambulants à Conakry : Slalomer entre la vie et la mort
Ce drame de Matoto n’est pas un cas isolé ; il est le reflet d’une triste routine urbaine. À Conakry, les grands carrefours (Madina, Bambéto, Cosa, Matoto, Kagbélen) se sont transformés en marchés à ciel ouvert. Faute d’emplois ou de places abordables dans les marchés physiques, des milliers de jeunes et de femmes se ruent sur le bitume.
Eau en sachet, mouchoirs, chargeurs de téléphone, fruits… Tout se vend au milieu des embouteillages. Mais à quel prix ? Pour arracher quelques billets, ces vendeurs ambulants frôlent les pneus des poids lourds, courent après des véhicules en mouvement et slaloment entre des conducteurs de mototaxis souvent imprévisibles.
Les dangers encourus sont multiples et terrifiants :
Le risque permanent de fauchage : Au moindre faux pas, d’un coup de frein manqué ou d’une défaillance de système de freinage – un problème récurrent sur les vieux camions circulant à Conakry –, le vendeur devient la première victime.
L’inhalation de gaz toxiques : Passer 8 à 10 heures par jour au milieu des pots d’échappement expose ces marchands à de graves complications respiratoires à long terme.
L’agressivité du trafic : Entre insultes des automobilistes pressés et bousculades, l’environnement de travail est d’une hostilité extrême.
L’impératif d’agir : Réguler le trafic des poids lourds et sécuriser les routes
Cette nouvelle tragédie relance avec acuité le débat sur la sécurité routière en Guinée, et particulièrement la cohabitation impossible entre le trafic intense des poids lourds et l’anarchie piétonne sur les axes principaux.
Face à l’émotion suscitée par la mort de ce marchand ambulant à Matoto, de nombreux citoyens haussent le ton. Les appels se multiplient pour exiger des autorités une réglementation stricte des horaires de circulation des gros porteurs en zone urbaine, le renforcement des contrôles techniques des véhicules et une libération effective des emprises de la route.
Si le commerce ambulant fait vivre des milliers de familles à Conakry, le bitume ne peut plus continuer à servir de comptoir commercial au prix de vies humaines. Il est urgent de trouver des alternatives économiques pour recaser ces jeunes afin que la quête du pain quotidien ne se transforme plus en arrêt de mort.
Fodé Camara pour avenirguinee.org



