La cherté des logements en Guinée, particulièrement à Conakry, constitue aujourd’hui une crise sociale profonde. Elle affecte le pouvoir d’achat, fragilise les familles et menace la stabilité socio-économique. Les populations les plus modestes en sont les premières victimes, tandis que le marché immobilier reste dominé par la spéculation et une offre largement insuffisante.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce mardi 3 février 2026, Moussa Sangaré, président de la CONASOC et acteur de la société civile, a exprimé sa colère et invité l’État à agir de toute urgence.

Une absence de régulation et d’implication étatique
Selon Moussa Sangaré, la situation actuelle s’explique par plusieurs facteurs : « Je situe cette situation à plusieurs niveaux. Premièrement, la Guinée est l’un des rares pays où les constructions sont encore anarchiques et où les populations ne paient pas de taxes liées à la construction. Si ces taxes existaient, les gens ne construiraient pas n’importe comment. Deuxièmement, l’État est trop absent du secteur du bâtiment. »
Il note toutefois un début de changement avec les autorités actuelles : « Avec l’avènement du CNRD, nous voyons des chantiers à Sonfonia et ailleurs. Partout dans le monde, l’État construit des logements à prix modérés, ce qu’on appelle des HLM, pour loger la majorité des citoyens. L’État est le plus grand propriétaire terrien ; il doit donc mettre en place une politique permettant à la population de bénéficier d’un logement décent. Il est inadmissible qu’avec tout son potentiel, la Guinée laisse ses citoyens peiner à se loger à des coûts exorbitants. »
Le logement, un droit humain fondamental
Poursuivant son analyse, le président de la CONASOC propose des solutions concrètes : « Si l’État prend ce problème à bras-le-corps, il n’y a pas besoin d’aller loin. Sur les espaces récupérés, on pourrait construire des immeubles de cinq à dix étages comprenant des appartements de trois ou quatre chambres pour loger des milliers de familles. Autour, on crée des écoles, des centres de santé et des cimetières. C’est cela, le rôle de l’État. »
Il rappelle également que l’accès au logement est une obligation légale : « Avoir un logement décent fait partie des droits de l’homme et des conventions ratifiées par la Guinée. L’État doit réguler le secteur et fixer un barème de prix. Sans intervention étatique, chacun fait ce qu’il veut. »
Le décalage entre salaires et loyers
Moussa Sangaré pointe du doigt l’incohérence des prix pratiqués sur le marché : « Certains fixent des loyers à 5 ou 6 millions de francs guinéens. Quel fonctionnaire touche un tel salaire ? Aucun n’atteint les 4 millions, alors comment voulez-vous qu’il se loge à 5 millions ? Cette précarité pousse les familles vers les quartiers défavorisés où les enfants sont exposés à la délinquance et à la drogue. Le premier souci d’un citoyen, c’est d’abord de savoir où vivre, puis quoi manger. »
Il conclut en exhortant l’État à encadrer également le prix du foncier : « On ne peut pas acheter un terrain à 4 milliards, investir 10 milliards dans la construction et louer à 300 000 GNF, c’est impossible. L’État doit donc réguler le prix des terrains vendus par les particuliers. La terre appartient d’abord à l’État. »
Il est impératif que l’État prenne des décisions fortes contre la fixation fantaisiste des prix des loyers à Conakry. Ce secteur est devenu le terrain d’une véritable spéculation de la part de nombreux bailleurs, au détriment du bien-être des citoyens.
Ibrahima Sory Camara Pour avenirguinee.org



