Depuis plus de deux ans, le personnel de santé, sous l’égide de Dr Moussa Cissé, dénonçait les dérives au sein du département. Dans un décret lu ce lundi soir à la télévision nationale, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a procédé à une nomination partielle des membres du gouvernement. Parmi eux, Mme Khaïté Sall, nouvelle ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique.
Comment cette nomination est-elle perçue par le personnel soignant et comment le départ de son prédécesseur a-t-il été accueilli ? Dans une interview accordée à notre rédaction ce mardi 3 février 2026, Dr Moussa Cissé, acteur de la société civile au compte du CNOSCG et figure de proue de la contestation contre l’ex-ministre, s’est exprimé sur le sujet.
Un sentiment de soulagement
« Je commencerai par remercier Monsieur le président de la République qui a écouté et qui nous a montré qu’il est attentif aux difficultés que les citoyens traversent. La nomination partielle du gouvernement intervenue hier est, je pense, satisfaisante au sein du système de santé. C’est une satisfaction globale pour l’ensemble du personnel. Nous avons accueilli ce décret avec un réel soulagement. Après de longues années de lutte, nous arrivons à ce résultat concluant avec la nomination de Mme Khaïté Sall », a-t-il déclaré.
Selon lui, la nouvelle ministre possède l’avantage de connaître les rouages internes : « Elle n’est pas méconnue du système. Elle a gravi les échelons, même si cela a été un peu rapide. En tant que femme, nous l’avons côtoyée et nous savons de quoi elle est capable. Aujourd’hui, le système a besoin de quelqu’un qui a une ouverture d’esprit et qui sait rassembler tout le monde pour avancer. »
Un leadership dénoncé
Pour Dr Moussa Cissé, le problème ne résidait pas dans les compétences techniques, mais dans le style de gestion : « Les défis auxquels le système est confronté ne sont pas un problème de personnes, mais un problème de leadership. C’est ce leadership que nous avons dénoncé sur toute la ligne. Lorsque le leader ne prend pas en compte les préoccupations et les avis des techniciens qu’il gouverne, cela mène à des difficultés et le système s’affaisse. Je pense que le président de la République a apporté une réponse à un système qui était en cours d’affaissement. »
Il ajoute sans détour : « Notre système a pris un retard énorme avec l’ancienne équipe dirigée par l’ancien ministre. Je suis très clair, je ne mâche pas mes mots : il a porté un coup fatal à notre système de santé. Nous demandons donc à Mme Khaïté Sall d’être très ouverte rapidement pour combler le vide laissé par son prédécesseur. »
Les urgences : Rassemblement et réformes législatives
Évoquant les chantiers prioritaires de la nouvelle ministre, Dr Moussa Cissé insiste sur la cohésion interne : « Sa première priorité est de rassembler le département, car il est profondément fissuré. On ne peut pas gérer une équipe divisée. C’est là qu’elle a besoin de notre soutien ; nous connaissons ces fissures et nous pouvons l’accompagner. »
Il a ensuite énuméré les dossiers techniques urgents :
- La fin des intérims prolongés : « Les structures de santé fonctionnent avec trop d’intérimaires. Un intérim qui dépasse deux ou trois ans pose problème. Elle doit nommer rapidement du personnel titulaire pour stabiliser la prise de décision. »
- Le Statut Particulier : « Le statut particulier du personnel de santé est un sujet brûlant. Il doit être adopté et voté au CNT (Conseil National de la Transition) le plus rapidement possible, puis promulgué. »
- Le Code de la Santé Publique : « Elle trouvera devant elle tous les documents normatifs, notamment le Code de la santé publique. Elle doit s’atteler, dans les prochains jours, à ce que ces textes soient transmis au CNT pour adoption. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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