À seulement 21 ans, Fatoumata Madina Bah, étudiante en Licence 3 Lettres Modernes à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, a traversé l’enfer. Entre la maladie cachée par peur du jugement, l’humiliation en salle de classe et la rupture brutale de ses fiançailles, elle livre à notre rédaction un récit bouleversant sur son combat contre le cancer du sein.
Tout commence en 2023. Madina découvre une anomalie. Par peur, elle choisit le silence. Elle tente de soigner une plaie grandissante avec des crèmes cosmétiques (Naomi), loin des regards de sa famille. Mais la maladie ne se cache pas indéfiniment.
Le calvaire devient public le jour où l’odeur de sa plaie, qu’elle tente de masquer avec du parfum, attire l’attention de ses camarades d’université.
« Ce jour-là, je m’étais assise devant sur ordre du professeur. Une camarade s’est levée brusquement en disant qu’une odeur insupportable venait de moi. J’ai pris mon sac et je suis rentrée en pleurs. J’ai menti à ma famille en disant qu’un professeur était décédé pour justifier mes larmes et mon absence des cours pendant deux semaines », se souvient-elle.
« Je ne veux pas être veuf » : La fin brutale de ses fiançailles
Alors qu’elle devait se marier en septembre dernier, le diagnostic tombe : le test est positif à l’hôpital Donka, puis au camp Alpha Yaya. La réaction de son fiancé est un second traumatisme, plus douloureux que la maladie elle-même.
« J’ai appelé mon fiancé pour lui annoncer la nouvelle. Il m’a rencontrée et m’a dit froidement : « Pour ne pas te mentir, je ne pourrai plus continuer ce mariage. Je ne veux pas être veuf, ni que mes enfants soient orphelins ». Il m’a remis 10 millions de francs guinéens pour mes soins et 500 000 GNF pour le transport, puis il a mis fin à notre relation. »
Si son père a été un soutien financier indéfectible, Madina a souffert d’un manque cruel de soutien émotionnel, notamment de la part de sa mère qui, au départ, n’a pas mesuré la gravité de la situation.
« Maman a pris la nouvelle comme si c’était un simple paludisme. C’est cela qui m’a rendue plus malade que le cancer. Je pleurais seule la nuit. »
Après plusieurs séances de chimiothérapie financées par le don de son ex-fiancé et l’aide de son père, Madina a dû subir une ablation du sein. Aujourd’hui, bien que le parcours reste difficile, elle exprime sa gratitude envers Dieu d’être encore en vie.
Le récit de Madina est un cri de cœur pour toutes les jeunes filles guinéennes. Le cancer du sein ne touche pas que les femmes âgées. Cacher la maladie et utiliser des produits non médicaux ne fait qu’aggraver le mal.
Aujourd’hui, Madina continue son combat au centre de cancérologie de Donka, prouvant que derrière la maladie, il reste une volonté de fer de terminer ses études et de construire son avenir.
Ibrahima Sory Camara pour Avenirguinee.org
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