Dans la soirée du mercredi au jeudi 27 janvier 2026, Alpha Abdoulaye Portos Diallo, ancien ministre sous le régime de feu Ahmed Sékou Touré s’est éteint à l’âge de 91 ans. Entre engagement patriotique, hautes fonctions diplomatiques et calvaire carcéral, retour sur le parcours d’un homme qui a marqué l’histoire contemporaine du pays.
Époux de l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Hadja Aïcha Bah, Alpha Abdoulaye Portos Diallo a incarné l’élite intellectuelle dévouée à la jeune République. Il a successivement occupé les fonctions de secrétaire d’État à la Jeunesse, de ministre de la Jeunesse et des Sports, avant de représenter la Guinée en tant que chef de la délégation auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Comment ce cadre émérite a-t-il basculé dans l’enfer carcéral ? Pour comprendre les circonstances de son arrestation et sa longue détention, notre rédaction a interrogé, ce jeudi 28 janvier 2026, son ancien collègue et ami, Ibrahima Sory Dioumessy, président de l’Association des Victimes de la Répression et ancien directeur de la police.
Rendant un vibrant hommage au défunt, M. Dioumessy rappelle d’abord le sacrifice de cette génération : « Mr Abdoulaye Portos Diallo est un Guinéen qui a rendu d’immenses services à la République de Guinée. Après ses études universitaires en France, il est venu se mettre à la disposition de son pays et il a servi dans beaucoup de départements ministériels. »
Le tournant de sa vie se joue lors de l’agression portugaise du 22 novembre 1970. Alors qu’il se trouve à Boulbinet (Conakry I), il rejoint immédiatement le président Ahmed Sékou Touré pour rester à ses côtés durant l’attaque. Pourtant, l’incompréhension survient peu après.
« Après l’agression, il a été arrêté. Nous avons été tous surpris de le voir arrêté », confie M. Dioumessy. « Il a été conduit au Camp Boiro, et il est resté là-bas pendant dix ans alors qu’il venait juste de se marier. Il a fait dix ans et il a tout observé : les tortures morales et physiques. »
Durant cette décennie, sa femme, Hadja Aïcha Bah, fera preuve d’une loyauté exemplaire. Elle refusera d’obtempérer à un décret présidentiel de l’époque qui dissolvait les mariages des détenus politiques pour permettre aux épouses de se remarier. À sa sortie de prison, Portos Diallo témoignera de cette horreur dans son ouvrage, « La vérité du ministre« .
La traque ne s’est pas arrêtée à la prison. M. Dioumessy révèle qu’après avoir fui vers le Sénégal, le couple a échappé de justesse à une tentative d’assassinat à Dakar, orchestrée par un émissaire venu de Guinée. C’est en France que Portos Diallo trouvera refuge jusqu’à l’annonce du décès d’Ahmed Sékou Touré en 1984.
Dès son retour au pays, il s’engage pour le renouveau démocratique : « Quand il est rentré, le premier parti politique qu’on a créé en Guinée, qu’on a appelé le PGP, le Parti Guinéen du Progrès, il y avait Portos, il y avait Mamadou Barry, qui étaient les pères fondateurs du parti. »
Pour Ibrahima Sory Dioumessy, les Guinéens doivent retenir l’image d’un cadre brillant qui a tout sacrifié pour sa nation : « Les patriotes guinéens ont quitté leurs fonctions, leurs avantages à l’extérieur pour venir servir le pays. Et parmi ceux-là, tu peux citer monsieur Portos… Il avait des diplômes formidables. À l’époque, quand tu es licencié en droit ou bien quand tu es licencié en sciences économiques, c’est autre chose. Mais il est rentré, il est venu se mettre à la disposition et le président Sékou Touré avait de l’estime pour lui. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



