Dans le cadre de sa mission d’accompagnement des communautés impactées par le mégaprojet Simandou, afin de recueillir leurs préoccupations et d’identifier des pistes de solutions, l’ONG Action Mines Guinée a mis en place, depuis 2023, un comité local de suivi dans la préfecture de Forécariah, précisément dans les zones impactées par le projet, notamment Maferinyah et Kaback.
L’objectif général de ce comité est de veiller au respect des droits des communautés de Forécariah, en particulier celles de Maferinyah et de Kaback, affectées par les activités du projet Simandou, à travers des actions de suivi et de plaidoyer.
Ce mercredi 28 janvier 2026, devant les communautés locales et les responsables des sociétés minières, le Comité de Suivi des impactés du projet Simandou a présenté son rapport annuel. Ce rapport met en lumière les efforts déployés par le comité en matière de documentation des impacts et de sensibilisation des communautés sur les enjeux réels du projet, couvrant la période d’octobre 2024 à septembre 2025. Par extension, il prend également en compte les informations des mois d’octobre et novembre 2025, pour des raisons de mise à jour.
Agriculture et pêche en péril : Le cri de détresse des populations de Maferinyah et Kaback
Selon le document, « Forécariah, à forte vocation halieutique et agricole, voit ses activités traditionnelles menacées par l’avancée des travaux : réduction des zones de pêche, destruction de matériels de pêche liée aux opérations de dragage, raréfaction des ressources maritimes, pollution des terres cultivables et fissures de maisons dues aux dynamitages. Ces transformations bouleversent profondément le quotidien des communautés locales, dont les moyens de subsistance reposent largement sur la pêche artisanale et l’agriculture. »
Le rôle du Comité de suivi : Documentation des plaintes et médiation
Face à ces impacts, le comité local de suivi a été chargé d’assurer un suivi rapproché et régulier des effets des activités de construction sur les communautés environnantes du projet dans la préfecture de Forécariah, avec un accent particulier sur les sous-préfectures de Maferinyah et de Kaback.
Depuis un bon moment, plusieurs activités ont été menées par le comité dont entre autres : La sensibilisation des communautés impactées sur les enjeux et risques du projet, ainsi que sur l’utilisation du mécanisme de gestion des plaintes établi par les entreprises ;
Documentation des impacts et la saisine des entreprises à travers leurs mécanismes de gestion des plaintes;
La négociation avec les entreprises ainsi que le suivi des anciennes plaintes.
Les recommandations fermes du Comité à la société WCS et aux autorités
A l’issue de ces travaux, le comité a formulé des recommandations non les moindres aux sociétés ainsi qu’aux autorités locales.
A WCS et ses sous-traitants, il est recommandé de :
Régler dans le plus bref délai les plaintes de Sounganyah, Bakia et de Kaléyiré et Madinagbé ;
Améliorer la collaboration avec le comité de suivi en l’associant au processus de résolution des impacts pour renforcer la transparence ;
Faire une évaluation périodique du système de gestion des plaintes à travers une enquête de perception auprès des parties prenantes notamment les communautés pour déterminer le niveau d’efficacité du mécanisme afin de l’améliorer ;
Partager les preuves de résolution des plaintes aux plaignants et au comité pour assurer la transparence.
Organiser une mission conjointe avec le comité de suivi et Action Mines pour rencontrer les plaignants et discuter des impacts signalés.
Aux autorités locales :
Prendre connaissance des engagements socio-environnementaux des entreprises et effectuer un suivi régulier de leur mise en œuvre ;
Améliorer la collaboration avec les organisations de la société civile, en particulier à travers le comité de suivi, pour soutenir les communautés impactées ;
Une implication franche dans la résolution des cas d’impact signalés afin de garantir une réparation juste et durable », a-t-il martelé.
« Nous souffrons énormément » : Entre espoir de résolution et désolation des riverains

Présent à cette cérémonie de présentation de rapport, le coordinateur du comité, M. Ousmane Youla a livré ses sentiments en ces termes : « Devant les autorités et la communauté invitées à l’occasion de la présentation de ce rapport, la cérémonie s’est déroulée dans un climat de paix. J’ai été vraiment satisfait. Mais, ce qu’il savoir, s’il y a un problème entre une société et une famille, s’il y a entente entre eux, le problème peut se résoudre. Mais, si c’est le contraire, la société concernée prend contact avec l’ONG « Action Mines Guinée », à travers le comité pour chercher à gérer la situation. Ils nous ont appris comment il faut se tenir dans la gestion d’une plainte contre une société. Ils nous ont encore enseigné le comportement qu’il faut adopter face à la conduite d’une situation litigieuse entre une société et nous. Notre comité joue un grand rôle dans le renforcement du tissu social entre les sociétés et la communauté afin d’apaiser les climats », a-t-il laissé entendre.
Sur ses attentes, il dira ceci : « après cette publication de rapport, nous attendons impatiemment la résolution des différentes situations pour que la communauté puisse mieux vivre », a-t-il exprimé.

De son côté, Djibril Bangoura, l’un des impactés du projet dans la localité de Madinagbé, a également raconté son calvaire.
« Cette année, tous nos champs ont été touchés par la boue que le projet rejette. Cela fait aujourd’hui huit (8) mois que nous avons pris contact avec le comité qui gère nos dossiers ici. Mais, rien n’est encore fait de ce côté. Nous ne voulons pas barricader la route, sinon nous pouvons le faire. Mais, vu l’ampleur du projet Simandou aujourd’hui, c’est impossible. Comme « Action Mines Guinée » à travers le comité s’est impliqué, nous les laissons la main d’abord pour la suite. Sinon, nous souffrons énormément », a-t-il déclaré avec désolation.
Simandou : Vers un modèle de durabilité entre exploitation minière et droits humains ?
Certes, le projet Simandou promet d’offrir des perspectives socio-économiques intéressantes à la Guinée. Cependant, il est crucial de veiller au respect des lois nationales et des normes internationales afin de protéger l’environnement et les droits des communautés riveraines. Pour y parvenir, la collaboration entre les parties prenantes est essentielle pour faire de ce projet un modèle de durabilité.


De retour de Senguelen, AKT pour avenirguinee.org



