Dans la soirée de ce jeudi 22 janvier 2026, le gouvernement dirigé jusque-là par Amadou Oury Bah a présenté sa démission au Président de la République, Mamadi Doumbouya. Cette décision intervient quelques jours seulement après l’investiture du chef de l’État, élu Président de la Vᵉ République.
Au lendemain de cette annonce, notre rédaction a recueilli les réactions de plusieurs acteurs de la société civile guinéenne, afin de connaître leur lecture de cet acte et leurs attentes quant à la composition du futur gouvernement.
Pour Moussa Sangaré, président de la CONASOC, cette démission s’inscrit dans une pratique républicaine normale.
« C’est une tradition. Lorsqu’on change de République ou qu’il y a une élection présidentielle, le gouvernement en place démissionne. C’est maintenant au Président de reconduire qui il veut, puisqu’il est le seul habilité à nommer par décret. Je pense que la procédure normale a été respectée. C’est une très bonne chose », a-t-il déclaré.
Concernant le profil du prochain gouvernement, Moussa Sangaré plaide pour un exécutif tourné vers l’action.
« Nous avons besoin d’un gouvernement de mission, un gouvernement d’action et non un gouvernement politique. Le Président est élu par le peuple, il doit nommer des personnes capables de relever les défis », estime-t-il.
Selon lui, la priorité doit être accordée au secteur primaire, notamment l’agriculture.
« Le besoin primaire de l’homme, c’est la nourriture. La Guinée dispose d’énormes potentialités agricoles, mais n’arrive toujours pas à nourrir sa population. Il faut un gouvernement qui s’attaque prioritairement à cette question, pour que les Guinéens aient suffisamment à manger et sur place. »
Il insiste également sur l’importance des infrastructures routières et ferroviaires pour écouler la production agricole.
« Même si on produit beaucoup, si les produits ne sont pas acheminés vers les centres de consommation, les paysans produiront à perte. Il faut interconnecter les routes, renforcer les voies ferrées et relier les bassins de production aux centres urbains. »
Autre priorité évoquée : l’énergie. « Si la Guinée veut devenir un pays émergent, elle a besoin d’énergie. Chaque préfecture peut avoir son barrage. C’est possible. Quand on a l’agriculture, les voies de communication et l’énergie, les autres secteurs suivent. Tous les pays qui ont réussi ont commencé par développer leur secteur primaire », a-t-il soutenu.
De son côté, le coordinateur de la Maison des Associations et ONG de Guinée (MAOG), Mamadou Saliou, a salué une démarche conforme aux normes institutionnelles.
« Cette démission s’inscrit dans une tradition républicaine qui permet au nouveau Président de mettre en place une équipe gouvernementale cohérente avec sa vision. La gestion des affaires courantes confiée aux secrétaires généraux assure la continuité de l’action publique. Sur le plan politique, cet acte symbolise un nouveau départ institutionnel, même s’il ne garantit pas à lui seul un approfondissement démocratique », a-t-il indiqué.
Il estime par ailleurs que la mission confiée à Amadou Oury Bah de structurer la mouvance présidentielle « Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) » traduit une volonté de préparer les prochaines élections législatives.
Interrogé sur la composition du futur gouvernement, Mamadou Saliou a proposé plusieurs principes directeurs : « Le futur gouvernement devrait reposer sur la compétence, la crédibilité et la redevabilité, avec une sélection fondée sur l’expertise, l’intégrité et le mérite. Il faut aussi l’inclusion, en assurant une représentation équilibrée des régions, des femmes et des jeunes. »
Il a également insisté sur la participation citoyenne, la transparence dans la gestion des finances publiques, la lutte contre la corruption et le renforcement de l’organe chargé des élections, afin de garantir la crédibilité du processus électoral et l’instauration d’un dialogue politique inclusif.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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