Il y a 55 ans jour pour jour, plusieurs navires avaient accosté au large de Conakry, transportant des mercenaires portugais venus attaquer la jeune République de Guinée dans l’objectif de renverser le régime en place.
Cette opération, connue sous le nom de « l’Agression du 22 novembre 1970 », a coûté la vie à des milliers de Guinéens et marqué durablement la mémoire collective.
Ce samedi 22 novembre, dans un entretien téléphonique accordé à la rédaction d’Avenir Guinée, Ismaël Condé, sociologue et enseignant-chercheur à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, est revenu sur cette nuit tragique qu’il a vécue personnellement.
« Les premières détonations ont commencé à 2 heures du matin »
À l’époque, Ismaël Condé n’était encore qu’un jeune homme hospitalisé à Donka. Il raconte avec émotion : « Lorsque l’agression est survenue, le 22 novembre 1970, cela faisait exactement 22 jours que j’étais hospitalisé à l’hôpital de Donka. Les premières détonations ont commencé précisément à 2 heures du matin. Le camp Boireau, situé juste en face de l’hôpital, a été réveillé par les explosions de grenades offensives. Au petit matin, on voyait les allers-retours des bateaux. »
Le sociologue se souvient surtout d’une scène particulièrement violente : « Les mercenaires avaient réussi à prendre le camp Boireau pendant la nuit. À l’époque, il y avait des élèves policiers, gendarmes et gardes forestiers.Ceux qui étaient au camp n’ont pas pu s’échapper. Les mercenaires les ont regroupés autour du mât. Le chef des mercenaires a appelé un jeune homme, Farabang, vice-président du conseil d’administration de l’école de police installée sur le camp. Il a sauté sur lui, l’a plaqué entre ses jambes, a sorti un poignard et l’a planté trois fois dans le dos du jeune homme. C’était vraiment atroce. »
Selon Ismaël Condé, cette attaque s’inscrivait dans un contexte de profonde hostilité internationale envers la Guinée indépendante : « L’indépendance guinéenne n’a jamais été acceptée par la France colonialiste, et notamment par le général de Gaulle.Il fallait tout faire pour compromettre la décision du régime révolutionnaire.Dès le début, il y a eu des complots, avec la complicité de certains Guinéens. »
Cinquantre-cinq ans plus tard, le souvenir de cette date reste vif chez ceux qui ont été témoins des massacres.
Le témoignage d’Ismaël Condé rappelle l’importance de préserver la mémoire de l’Agression du 22 novembre 1970, un événement qui a profondément marqué l’histoire politique et sociale du pays.
Sona Sylla pour AvenirGuinee.org



