Hier, mardi 18 novembre, les parents des 300 jeunes qui ont quitté Conakry pour la Gambie où ils ont embarqué dans l’espoir de rallier l’Europe ont manifesté dans la capitale afin d’attirer l’attention du gouvernement sur la situation de leurs enfants actuellement bloqués en Mauritanie. Cette marche a connu une forte mobilisation des familles, inquiètes et désemparées.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce mercredi 19 novembre 2025, une source diplomatique basée en Mauritanie nous a fourni des informations détaillées sur le drame et sur ce qui s’est réellement passé.
« Je suis Mamadou Bobo Bah, président du Conseil des Guinéens établis en Mauritanie et interlocuteur de l’ambassade de Guinée au Sénégal, ici en Mauritanie. »
Interrogé sur ce qu’il sait de cette affaire, M. Bah explique : « J’ai d’abord été informé par un jeune Guinéen que j’avais accompagné récemment pour un retour volontaire avec l’OIM. Ce dernier m’a contacté vers 5 heures du matin… Il m’a annoncé que des migrants étaient arrivés à Nouadhibou. Comme nous avons un point focal sur place, je l’ai joint immédiatement… J’ai ensuite contacté les organismes impliqués lors des débarquements, tels que la Croix-Rouge et l’OIM. Il y avait des cas de décès, des rescapés et certains étaient en soins intensifs. »
Il précise avoir accompagné le premier groupe de survivants : « Le premier groupe est parti samedi. Ils étaient 52. Quatre personnes ont été enterrées à Nouadhibou… Un homme est dans le coma, d’autres sont malades. Ils sont en train de les transférer vers Nouakchott. Mais le problème, c’est qu’ils sont bloqués là-bas faute de moyens. »
À la question de savoir s’ils ont été arrêtés ou victimes d’un naufrage, il répond : « J’ai eu la chance d’échanger directement avec beaucoup de rescapés… D’abord, ils ont été trompés dès leur départ de la Gambie. On leur a fait croire qu’une fois en pirogue, ils auraient tout… alors que c’est faux. Ils étaient très nombreux à bord, sans nourriture ni eau. Les capitaines étaient armés de machettes… Ils les empêchaient d’approcher l’entrée de la pirogue. Certains sont restés sans manger durant tout le trajet. Et quand quelqu’un était affaibli ou réclamait de la nourriture, ils le jetaient à l’eau. »
Il décrit également la tension et les violences internes : « Certains ont commencé à craquer dans la pirogue… Une bagarre a éclaté. Le capitaine a fini par faire demi-tour. La Mauritanie, bien équipée, a été informée très vite et est intervenue. Mais il y avait déjà beaucoup de décès avant leur arrivée. Une femme enceinte est morte, une autre aussi avec son enfant… »
Concernant les chiffres, il précise : « Certains parlent de 300, d’autres de 400… Le premier groupe comptait 180 personnes. Puis 120 autres les ont rejoints au Sénégal. Cela fait 220 Guinéens. »
Sur le nombre de survivants, il ajoute : « Le premier groupe comptait 52 survivants… Hier, on en a ramené 32. Donc, 84 survivants parmi les 220 Guinéens… plus 3 ou 4 en soins intensifs et un dans le coma. »
Sur le sort des autres : « Je ne peux pas vous dire exactement… Mais seuls 84 sont en vie actuellement. Les autres sont décédés. »
Face à cette tragédie, M. Bah lance un message fort : « Tout ce qu’ils voient là-bas… ces discours qui les excitent à risquer leur vie, ce n’est pas vrai. La réalité, c’est que ton enfant part souffrir. Au lieu de financer ces voyages, il vaut mieux investir cet argent dans des projets en Guinée. L’immigration clandestine n’est pas la solution. La mer n’est pas une route pour l’Europe. »
Concernant la situation actuelle des survivants, il note : « Ils font pitié… Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Nous, nous n’avons aucun budget de fonctionnement. L’OIM et la Croix-Rouge n’assistent que lors du débarquement. Aujourd’hui, beaucoup n’ont ni à manger ni à boire… Ils souffrent. Certains tentent de se faufiler pour passer les postes sénégalais… cela ne marche pas. »
Il conclut : « L’ambassade a mis des dispositions en place, mais sans moyens… Comment voulez-vous faire ? »
Entretien réalisé par Ibrahima Sory Camara pour Avenirguinee.org
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