Dans un souci de performance sexuelle et pour satisfaire un ego masculin exacerbé, de nombreux jeunes en Guinée se tournent vers les stimulants sexuels, souvent sans connaissance des conséquences sanitaires graves que cela peut engendrer. Un phénomène en pleine expansion, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, qui considèrent ces produits comme un passe-temps ou un outil de « valorisation » face à des partenaires exigeantes.
La rédaction d’avenirguinee s’est intéressée à cette problématique ce vendredi 10 octobre, en allant à la rencontre des vendeurs, consommateurs, mais aussi d’un spécialiste de la santé pour comprendre les risques liés à l’usage non encadré de ces substances.
Un commerce discret mais florissant
Rencontrée au rond-point de l’Aéroport international Ahmed Sékou Touré, une vendeuse, sous couvert d’anonymat, nous décrit l’étendue de son activité : « Je vends ces produits depuis quelques années. Il y en a plusieurs variétés, avec des prix qui vont de 10 000 à 100 000 francs guinéens. Certains sont en liquide, d’autres en pommade ou en comprimé, tout dépend de la préférence du client. Il y a des comprimés appelés « Jaguar », d’autres « Bita Kola » ou « Coco Samba ». Ces produits aident les hommes à durer plus longtemps lors des rapports sexuels. Certains, selon les clients, permettent aussi d’augmenter la taille de l’organe masculin. C’est très efficace, même des hommes adultes viennent acheter chez moi. », a-t-elle indiqué.
Mousto, jeune consommateur régulier, explique ses motivations : « Je connais beaucoup de produits de stimulation sexuelle, mais moi, j’utilise surtout « Coco Samba ». Je le prends pour satisfaire ma copine sexuellement. Il y a certaines filles qui ont la grande gueule, si tu n’es pas endurant au lit, elles vont t’humilier. Quand j’en prends, je tiens au moins 40 minutes. Pour moi, ça n’a jamais eu d’effet secondaire ».
Des risques réels pour la santé
Mais derrière cet usage « récréatif », les dangers sont bien réels. Contacté par notre rédaction, Cissé Moussa, vice-président en charge des questions de santé et de bien-être au sein du CNOSCG (Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne), alerte : « Lorsqu’on prend un stimulant sexuel, cela augmente le rythme cardiaque. C’est le cerveau qui commande tout, à travers des signaux envoyés à l’organisme. Une fois la substance introduite, le cerveau s’active, et la circulation sanguine en paie les frais. Il faut des contractions musculaires pour provoquer l’érection, ce qui mobilise fortement le cœur. Le problème, c’est que ces produits créent des effets physiologiques et biologiques artificiels. Si ce n’est pas naturel ou bien dosé, cela peut entraîner des troubles cardiovasculaires, voire des arrêts cardiaques, surtout chez les personnes de plus de 40 ou 50 ans. Il y a aussi des jeunes qui prennent ces produits en prévision d’un rapport, mais si la partenaire ne vient pas, ils restent en érection pendant longtemps, ce qui peut endommager les artères. Tout est lié au cœur. »
Une importation non contrôlée
Selon nos informations, la plupart de ces produits sont importés illégalement des pays voisins, sans aucun contrôle sanitaire ni encadrement médical. Ils sont vendus librement dans la rue, dans les marchés ou même sur les réseaux sociaux.
Un problème de santé publique ignoré
Cette consommation croissante de stimulants sexuels chez les jeunes, souvent liée à des pressions sociales et une mauvaise éducation sexuelle, représente un réel problème de santé publique. Le manque de sensibilisation, l’absence de régulation et la banalisation de ces produits aggravent une situation déjà préoccupante.
Il est donc urgent d’ouvrir le débat au niveau national et de mettre en place des campagnes de sensibilisation ciblées, notamment dans les écoles, les quartiers et via les médias. Car derrière le désir de performance se cachent des risques graves, parfois irréversibles.
Sona Sylla pour avenirguinee.org



