Après l’avènement de l’indépendance guinéenne, la Guinée s’est toujours affirmée sur le plan culturel, notamment à travers ses troupes de danse et son orchestre national, reconnus à l’international. Ce groupe d’artistes, animé par la passion et le devoir de hisser le tricolore national, avait toujours rempli sa mission. Ils étaient également entretenus grâce à leurs statuts de fonctionnaires. Soixante-sept ans plus tard, quelle est la réelle avancée du pays sur le plan musical ?
Dans un entretien accordé à la rédaction d’avenirguinee ce jeudi 2 octobre, Sékou Diabaté, membre du « Bembeya Jazz National », a livré ses analyses.
« Vous savez, notre temps et le temps d’aujourd’hui, c’est différent. Parce que nous, à notre temps, on était tous fonctionnaires, et les quatre grandes formations nationales aussi. Donc, chacun faisait son répertoire comme il le pouvait. Mais aujourd’hui, nous sommes avec la troisième génération. Il y a des choses qui se passent aujourd’hui, ce n’est pas normal, et c’est déplorable, quoi. »
Pour lui, la musique a perdu sa fonction principale, qui est de conseiller, de réconcilier et de distraire. Peu d’artistes de la nouvelle génération sont aujourd’hui capables de représenter la Guinée à l’extérieur, contrairement aux anciennes figures.
« Parce que la chanson, elle a beaucoup de rôles sociaux, tel que nous, on l’a faite. Il y avait beaucoup d’amour, de vraies chansons d’amour, très bien. Il y a certaines chansons d’amour aujourd’hui, tu ne peux pas les écouter avec ton fils, tu ne peux pas. Donc, nous avons travaillé dans ce qui est normal, ce qu’on peut écouter et voir. Et nous étions dans ce sens. »
Revenant sur les fêtes d’indépendance, le guitariste se souvient de la mobilisation d’alors : « Le président Ahmed Sékou Touré mettait tous les moyens à notre disposition pour mieux préparer la fête et éblouir la nation ».
Toutefois, malgré la présence de jeunes talents aujourd’hui, il regrette leur influence extérieure, le manque de maîtrise musicale, et la vulgarité de certains contenus.
« Non, il y a beaucoup de talentueux, beaucoup d’entre eux ont de belles voix, sincèrement. Mais la musique, il y a quelque chose qui lui appartient, qui appartient à tout le monde : c’est l’harmonie musicale. Et cela manque à cette nouvelle génération. En plus, la plupart sont vulgaires. Ça nous empêche de progresser dans le domaine musical », a-t-il regretté.
Sona Sylla et Saran Coulibaly pour avenirguinee.org



