Le lancement des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre (VBG) en Guinée, initié par la délégation de l’Union Européenne, est une action positive pour la sensibilisation et la lutte contre les VBG. Cependant, il est crucial d’évaluer de manière critique l’impact et l’efficacité de telles initiatives, en particulier face à l’émergence de nouvelles formes de délinquance, telles que la pédocriminalité.
Il est indéniable que cette campagne apporte une visibilité nécessaire aux problèmes graves des VBG en Guinée. En mobilisant les ressources et l’attention de la communauté internationale, elle donne une voix aux victimes et met en lumière les atrocités auxquelles elles sont confrontées. Les activités prévues, telles que les conférences, les caravanes et les ateliers de formation, sont certes des moyens importants pour éduquer et sensibiliser la population. Toutefois, la portée de ces actions reste souvent limitée à des cercles déjà informés et engagés, alors que les attitudes et comportements de la société dans son ensemble nécessitent une transformation profonde.
Un des points critiques concerne la durabilité des efforts et surtout la négligence des médias qui sont pourtant un maillon essentiel de la chaîne de lutte. Les 16 jours d’activisme sont une période trop courte pour induire des changements significatifs et durables. Une campagne médiatique annuelle, bien qu’impactante, doit être complétée par des programmes continus tout au long de l’année. Les actions ponctuelles risquent de perdre de leur efficacité sans un suivi régulier et un engagement prolongé de tous les acteurs concernés, y compris les autorités locales, les communautés et les organisations internationales.
De plus, le succès de ces initiatives dépend largement de l’implication et du soutien des structures nationales. Or, la corruption, le manque de ressources et l’absence de volonté politique peuvent freiner l’efficacité de la lutte. Il est impératif que le gouvernement prennent des mesures concrètes pour renforcer les lois contre les VBG et assurer leur application stricte. Sans un cadre juridique solide et une réelle volonté d’appuyer les ONG locales, les efforts de sensibilisation peuvent se révéler vains.
En termes de partenariats, l’implication de l’Union européenne est louable, mais la dépendance à l’égard des soutiens internationaux soulève des questions sur l’autonomie et la capacité de nos institutions à gérer ces problèmes de manière indépendante. Le développement de solutions locales, adaptées aux réalités culturelles et sociales de notre pays, est essentiel pour un impact réel et durable. La collaboration avec des ONG locales et des leaders communautaires, y compris des artistes compositeurs peut renforcer l’efficacité des actions en assurant une approche plus intégrée et contextuelle.
La pédocriminalité ou viols sur mineur, une forme particulièrement odieuse de VBG, est en augmentation en Guinée. Des cas récents, tels que les abus sexuels dans les écoles ou viols collectif sur mineurs, soulignent l’urgence d’une réponse judiciaire et législative renforcée. Les autorités doivent non seulement durcir les peines pour ces crimes, mais aussi mettre en place des mécanismes de prévention et de soutien aux victimes. La formation des professionnels travaillant avec des enfants, la sensibilisation du public et le soutien psychologique et médical aux victimes sont des éléments cruciaux pour lutter contre ce fléau.
Les milieux scolaires et universitaires, les lieux de culte et les marchés sont des espaces potentiels pour la communication et la sensibilisation sur les VBG et la pédocriminalité. Utiliser ces espaces pour diffuser des messages dans des langues accessibles aux communautés guinéennes peut grandement améliorer l’impact de la campagne. En intégrant des langues locales et en adaptant les messages culturels, il est possible d’atteindre une audience plus large et de renforcer la compréhension et l’engagement de la communauté.
Enfin, les témoignages des survivantes, bien qu’émouvants et inspirants, ne doivent pas être instrumentalisés à des fins de sensibilisation sans un soutien adéquat. Il est crucial de fournir un accompagnement psychologique et médical aux victimes pour qu’elles puissent se reconstruire et participer activement à la lutte contre les VBG.
En conclusion, si les 16 jours d’activisme contre les VBG en Guinée sont une initiative louable et nécessaire, ils ne représentent qu’une partie d’un effort beaucoup plus vaste et complexe. Une approche holistique, incluant des actions continues, une législation renforcée, des partenariats locaux et un soutien accru aux victimes, est indispensable pour espérer éradiquer les violences basées sur le genre en Guinée.
STOP aux VBG en Guinée !!!
Par Lancinet Fankama KEITA
Juriste Chroniqueur
Fankamalancine@gmail.com



