J’ai suivi avec intérêt la conférence de presse animée ce mardi par des ONG de défense des droits de l’homme. Entre guerre de chiffres, de responsabilité et de motivation, je souhaite apporter un éclairage sur les amalgames que certains activistes tentent de semer, peut-être pour des intérêts personnels inavoués. En rappel, le dimanche 1er décembre 2024, le stade de N’Zérékoré a été le théâtre d’une tragédie inédite. Un rassemblement public lors de la finale d’un tournoi de football qui i se voulait rassembleur et fervent, a malheureusement dégénéré en bousculade, entraînant la perte de plusieurs dizaines de vies humaines et de nombreux blessés. Face à cette douleur, je ressens le besoin d’apporter un recadrage juridique de ces événements au regard du droit pénal international, tout en compatissant à la souffrance des familles touchées.
Les Violences de Foule et le Droit Pénal International
Les violences de foule, bien que tragiques, ne relèvent pas nécessairement de crimes internationaux tels que définis par le droit pénal international.
En effet, pour qu’un acte soit qualifié de crime international,comme le génocide, les crimes contre l’humanité ou les crimes de guerre, il doit répondre à des critères spécifiques, notamment l’intention de détruire un groupe identifiable, l’ampleur systématique ou généralisée d’une attaque ou d’une répression de masses, et l’existence d’un conflit armé dans le cas des crimes de guerre.
Or, en l’espèce des événements survenus au Stade deN’Zérékoré, il semble que les violences aient été spontanées et non orchestrées par une volonté délibérée de nuire à un groupe particulier. Ces émeutes de foule, bien que graves, ne peuvent donc pas être automatiquement classées dans ces catégories de crimes internationaux.
Requalification Juridique et Compassion
Il est crucial de s’abstenir de tout abus juridique des faits pour les replacer dans le cadre légal approprié. Les violences de ce type peuvent être traitées sous l’angle du droit pénal Guinéen, en les qualifiant par exemple d’homicides involontaires, de coups et blessures, ou d’autres infractions assimilées prévues par nos textes. Cette approche permet de traduire les responsables en justice, de renforcer la prévention desviolences de foule et de mettre en place des mesures pour éviter de tels drames à l’avenir.
Je compatis pleinement à la douleur des familles des victimes et des blessés. Perdre un être cher dans de telles circonstances est une épreuve affligeante, et mes pensées et prières accompagnent tout le peuple de Guinée qui se sent affecté par cette tragédie.
Je souhaite également recadrer ceux qui tentent de faire une fuite en avant. Respectons tous le secret de l’enquête et de l’instruction, et retenons surtout que le droit n’est pas émotif, ilprivilégie plutôt la raison sur l’émotion. Il est donc essentiel de laisser la justice faire son travail de manière impartiale et rigoureuse, sans interférence. Seule une approche basée sur la raison et la légalité permettra de rendre justice de manière équitable et respectueuse.
Je tiens à saluer les premières batteries de mesures humanitaires prises par le Gouvernement sous l’instruction du Président de la République, qui a réagi pour apporter un soutien direct aux victimes et à leurs familles. Ces efforts montrent un véritable engagement des autorités en faveur de la solidarité et du bien-être de nos concitoyens dans des moments aussi difficiles.
Encore une fois, j’en appelle à la responsabilité collective de tous les acteurs, y compris les ONG et les médias, dans le traitement de cette affaire. Les conclusions prématurées ou la politisation de cette tragédie ne serviront qu’à diviser davantage notre nation et à entraver le processus judiciaire. Faisons preuve de retenue et laissons les autorités compétentes mener l’enquête nécessaire.
En conclusion, bien que la tragédie de N’Zérékoré ne puisseêtre requalifiée sous l’angle exclusif des crimes internationaux, elle n’en reste pas moins d’un évènement d’une gravité extrême nécessitant une réponse judiciaire adéquate et une prise en charge humanitaire digne du nom. En travaillant ensemble main dans la main, nous pouvons espérer prévenir de telles tragédies à l’avenir et bâtir une Guinée plus forte,résiliente et solidaire… Paix ou Guérison aux victimes !!!
Par Lancinet Fankama KEITA
Juriste Chroniqueur Fankamalancine@gmail.com



