Après l’élection présidentielle, la formation du nouveau gouvernement dirigé par Bah Oury et la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale, l’ancien député Aboubacar Soumah sort de son silence. Coordinateur national de l’Alliance des Forces Patriotes (AFP) et ancien candidat de la GMD aux législatives à Gbessia, il s’était fait discret depuis les dernières échéances électorales. Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction ce mardi 15 septembre 2026, l’ancien député s’est confié sans langue de bois.
Avenirguinee.org : Bonjour Honorable. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Honorable Aboubacar Soumah : Je suis l’Honorable Aboubacar Soumah, coordinateur national de l’Alliance des Forces Patriotes (AFP), ancien député et enseignant-chercheur à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, où je dispense les cours de technologie de fabrication mécanique.
Quelle est votre analyse de l’élection présidentielle qui a vu la victoire du Général Mamadi Doumbouya ?
Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’AFP a été créée par et pour le Général Mamadi Doumbouya. Dès nos premières concertations, nous avons jugé nécessaire de rassembler des entités politiques, sociales et divers mouvements pour susciter sa candidature. Il a accepté de se présenter, et l’AFP s’est fortement mobilisée sur l’ensemble du territoire national. Aujourd’hui encore, notre structure dispose de coordinations régionales, préfectorales, sous-préfectorales (dans les 356 sous-préfectures) ainsi que dans tous les districts et quartiers de Conakry. À l’étranger, nous sommes représentés dans 33 pays, couvrant l’Europe, les États-Unis, l’Asie et l’Afrique.
L’AFP est la structure la plus représentative ayant non seulement soutenu le Général Doumbouya, mais aussi promu sa vision socio-économique pour la Guinée. Ce travail a été accompli grâce au soutien inestimable de son conseiller d’alors devenu chef de cabinet , M. Fodé Amadou Fofana (dit « Papa Fofana »), et de ses collaborateurs réunis au sein de l’organisation L’Arbre à Palabre, présidée par l’Honorable Lamine Yansané. Par la suite, lorsque le mouvement GMD (Génération pour la Modernité et le Développement) a été créé, nous y avons reversé l’ensemble de nos structures, lui apportant à lui seul plus de 1 300 membres fondateurs.
Quels rôles clés l’AFP a-t-elle joués durant la campagne pour assurer cette victoire ?
Grâce à nos démembrements (bureau de la coordination, bureau des sages et cadres, bureau des jeunes, bureau des femmes), nous avons mené une sensibilisation de proximité intense en Guinée et à l’étranger. À Conakry, par exemple, chaque quartier comptait 100 responsables répartis en bureaux de 25 personnes par section. Ce maillage nous a permis de dynamiser la campagne et de promouvoir le programme de développement de notre candidat.
Si je vous comprends bien, c’est l’AFP qui a poussé le Président à se porter candidat ?
Absolument. Nous faisons partie des premières entités à avoir suscité sa candidature. Rappelez-vous notre rassemblement du 13 septembre 2025 au Palais du Peuple : nous avions rempli la salle et l’esplanade. Ce jour-là, nous lui avons officiellement demandé d’accepter ce mandat. Avec d’autres mouvements et des partis alliés, nous avons apporté une contribution décisive à sa victoire éclatante.
En réalisant tout ce travail, n’espériez-vous pas une récompense, comme un poste ministériel ou une haute fonction administrative ?
Sur le plan personnel, je considère que le Général Mamadi Doumbouya a déjà énormément fait pour ma famille. Mon engagement est une manière de lui exprimer ma gratitude. Il a rendu hommage à mon grand frère, le Général Lansana Conté, en donnant son nom à son propre enfant. De plus, il a racheté et restitué à notre famille des résidences privées vendues par certains héritiers notamment à Conakry et à Bouramaya tout en les rénovant dignement. Enfin, il s’est occupé de mon oncle paternel, Elhadj Sékhouna Soumah, de son vivant jusqu’à ses funérailles nationales et internationales. Quand un homme agit ainsi pour votre famille, vous lui devez du respect et du soutien.
Sur le plan politique, l’AFP a déjà tiré les fruits de son engagement : plusieurs de nos cadres dirigent des structures locales ou ont été élus maires et conseillers communaux. De plus, avoir fourni plus de 1 300 membres fondateurs à la GMD est une fierté politique.
L’occupation d’un poste n’est pas une obsession. Contrairement aux plus jeunes, ma génération a bénéficié de la gratuité totale des études et de prises en charge par l’État. Après ma formation au Maroc, j’ai été recruté à l’Université Gamal Abdel Nasser, titularisé en 1990, avant d’occuper les fonctions de maire de Dixinn, député uninominal, député national puis député à la CEDEAO. J’ai déjà servi mon pays à de hauts niveaux.
Mon souhait aujourd’hui est que les cadres compétents de l’AFP les jeunes et les femmes d’expérience — aient l’opportunité de servir la Nation. Qu’il y ait des nominations ou non, nous resterons engagés aux côtés du Président.
Vous ne regrettez donc pas de ne pas faire partie du gouvernement ?
Pas du tout. L’objectif premier était de faire élire notre candidat et de lui assurer une majorité à l’Assemblée nationale. Ces objectifs sont atteints. Le retour à l’ordre constitutionnel et l’installation des institutions républicaines (Assemblée nationale, mairies, et prochainement le Sénat et les conseils de ville) sont l’essentiel. C’est ce cadre institutionnel qui rassure les investisseurs et permet la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures.
Regardez le pont de Tanènè : ce projet existait bien avant ma naissance. C’est sous la présidence du Général Doumbouya qu’il a enfin été réalisé. Aujourd’hui, j’en bénéficie comme tous les Guinéens. Il n’est pas nécessaire d’être ministre pour contribuer à son pays. En tant que professeur d’université, j’ai formé une trentaine de promotions et je continue d’enseigner. Transmettre son savoir est aussi une haute fonction républicaine.
Si le Président vous proposait malgré tout d’entrer au gouvernement, accepteriez-vous ?
En toute sincérité, je pense être plus utile aujourd’hui dans un rôle de conseil, au Sénat ou dans un organe consultatif, en mettant mon expérience à disposition, plutôt que dans un poste exécutif. À plus de 60 ans, mon rôle est d’accompagner la jeune génération. Mais si le Chef de l’État estime que je peux apporter ma pierre à l’édifice au sein du gouvernement, j’accepterai avec responsabilité.
Quelle est votre analyse sur la nouvelle Assemblée nationale, de nouveau présidée par le Dr Dansa Kourouma ?
C’est une équipe jeune. Le président de l’Assemblée est un jeune frère qui a été mon étudiant et pour qui j’ai beaucoup d’estime. Ayant déjà siégé au Parlement, je sais que beaucoup de députés y font leurs premiers pas. Il faut leur laisser le temps d’apprendre.
Concernant la composition des organes, elle est tout à fait légitime. Des cadres expérimentés y siègent, à l’image d’Alhouseiny Makanera Kaké à la tête du groupe parlementaire de la majorité. Quant au Dr Dansa Kourouma, il possède une solide maîtrise du travail législatif pour avoir siégé au CNT de 2010 et dirigé celui de 2021. Plutôt que de critiquer systématiquement, il faut accompagner cette institution dans sa mission.
La réélection du Dr Dansa Kourouma vous paraît donc justifiée ?
Tout à fait. Il s’est investi pleinement pour le pays et a pris des risques durant la transition. Sa reconduction à la tête du Parlement est amplement méritée.
(À suivre…)
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