Le Président de la République, Mamadi Doumbouya, a acté ce jeudi 20 août 2026 la création de 11 nouvelles préfectures ainsi que de deux nouvelles régions administratives. La décision a été rendue publique à travers une série de décrets présidentiels lus sur les ondes de la Télévision nationale (RTG).
Cependant, cette réorganisation territoriale suscite de vives réactions chez plusieurs observateurs. Beaucoup se demandent si le moment est opportun pour ériger ces sous-préfectures en préfectures, alors que la nouvelle Assemblée nationale est déjà installée. En effet, la Constitution stipule que chaque préfecture doit être représentée par un député au Parlement, ce qui pose la question de leur représentation légitime à l’Hémicycle.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce vendredi 21 août, Aboubacar Sylla, Président du Club des Amis du Monde (CAM), a fait part de ses vives inquiétudes sur les plans économique et politique. Selon lui, au vu de la récente sortie du Premier ministre demandant aux Guinéens de « serrer la ceinture » pour les trois prochaines années, l’État ne devrait pas créer de nouvelles charges financières.
Aboubacar Sylla déplore le choix des entités retenues et l’impact direct sur les finances publiques : « D’abord, il y avait certaines sous-préfectures qu’on attendait, qui réclamaient ce statut depuis plus de 10 ans. Je prends l’exemple de Timbi-Madina dans Pita, ou de Tanènè dans Dubréka. Ce sont de grandes agglomérations qui ont longtemps sollicité leur érection en préfecture et dont les noms n’ont malheureusement pas été retenus. De plus, cela survient dans un contexte très complexe. Quand le Premier ministre demande aux Guinéens de serrer la ceinture pour les trois prochaines années, nous pensions que l’État allait réduire ses charges de fonctionnement. À notre grand étonnement, de nouvelles préfectures et régions ont été créées. À Beyla par exemple, tout est à refaire. Il fallait d’abord anticiper sur les infrastructures d’accueil avant de meubler les postes. »
Poursuivant son analyse, le président du CAM pointe du doigt le coût financier d’une telle décision : « Quand le gouvernement demande aux contribuables de serrer la ceinture, on ne doit pas s’attendre à de la facilité. Mais c’est au même moment que l’État crée des postes de dépenses considérables : il va falloir nommer des sous-préfets, des directeurs préfectoraux, régionaux, et allouer à chaque direction un budget de fonctionnement. Pendant que l’État peine à mobiliser ses ressources, on alourdit les charges. »
Au-delà de l’impact budgétaire, c’est la cohérence politique du calendrier électoral et institutionnel qui interpelle le leader associatif : « Ce découpage aurait dû avoir lieu avant les élections législatives pour que ces nouvelles entités, comme Doko ou Timbo, puissent élire leurs propres députés. Aujourd’hui, qui va porter la voix de ces préfectures à l’Assemblée nationale ? Les députés uninominaux actuels défendent déjà leurs circonscriptions respectives. Il y me semble une vraie incohérence politique. Dans la phase actuelle, il aurait fallu rester dans le statu quo, mobiliser les ressources et faire face aux priorités vitales des Guinéens comme l’eau et le courant. »
S’agissant de la viabilité des nouvelles structures sur le terrain, le président du CAM conclut avec scepticisme : « L’État doit dès maintenant construire les infrastructures d’accueil. On ne peut pas improviser des sièges administratifs sans loger dignement les services. Combien de bâtiments faudra-t-il louer ? Comme j’aime à le dire, l’État est un bulldozer : il crée des dépenses et trouvera toujours les moyens, mais au final, ce sont les citoyens qui vont trinquer. ».
Ibrahima Sory Camara pour Avenirguinee.org
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