Souvent méconnue du grand public guinéen, la fente labio-palatine, autrement appelée « bec de lièvre », est une malformation congénitale qui se forme au niveau de la lèvre supérieure ou du palais dès les premières semaines de la grossesse. Ce mardi 4 août 2026, la rédaction d’avenirguinee.org est allée à la rencontre du Dr Karamba Kaba, chef du service de chirurgie plastique et des grands brûlés à l’Hôpital National Donka, pour faire la lumière sur cette pathologie.
Selon le spécialiste, bien que fréquente dans le pays, la maladie demeure très peu documentée dans le débat public : « C’est une pathologie fréquente chez nous, mais dont on parle très peu. D’après les statistiques de notre clinique, la cause principale réside dans les mariages consanguins : 70 % des enfants que nous recevons ont des parents liés par le sang. D’autres facteurs entrent également en jeu, comme le stress ou la malnutrition chez la femme en début de grossesse, qui ont des répercussions directes sur le fœtus. On ne peut pas incriminer directement les médicaments, même si la littérature scientifique mentionne certains effets tératogènes », explique le Dr Karamba Kaba.
S’il n’existe aucun traitement médicamenteux préventif, des mesures environnementales peuvent toutefois réduire les risques. Le chirurgien insiste sur l’importance d’éviter les unions consanguines pour limiter les malformations graves et invite à préserver les femmes enceintes de toute source de stress.
La grande nouvelle reste la curabilité de cette affection. À la polyclinique Solidarité Médicale Intégrée en Guinée (SOMIG), en partenariat avec l’organisation internationale Smile Train, la prise en charge des patients est entièrement gratuite :
« La bonne nouvelle est que cette pathologie n’est pas fatale. Elle se répare grâce à la chirurgie, ce qui permet à ces enfants, souvent marginalisés, de réintégrer pleinement la société. Nous recevons parfois des adultes de plus de 50 ou 60 ans qui n’ont pas eu la chance d’être opérés dans leur jeunesse. Pourtant, ici, nous opérons dès le troisième mois, et ce, gratuitement, incluant les bilans médicaux et l’hospitalisation », rassure le chirurgien plasticien.
Au-delà de l’acte chirurgical, la prise en charge nécessite un accompagnement nutritionnel spécifique. Le Dr Mamadou Ramata Diallo, nutritionniste à la polyclinique SOMIG, détaille le protocole d’allaitement requis pour ces nourrissons : « Généralement, je reçois des mères qui n’arrivent pas à allaiter leur bébé. Dès leur arrivée, je procède à la mise au sein guidée. Ces enfants ne se nourrissent pas comme les autres : ils ont besoin d’une position idéale pour éviter tout reflux. Un reflux est très douloureux pour le nourrisson et peut lui faire peur de reprendre le sein. De plus, pour qu’un enfant puisse être opéré en toute sécurité, il doit atteindre un poids minimal de 5,5 kg. »
Derrière les données médicales se cachent des trajectoires humaines poignantes. Amadou Bah, âgé aujourd’hui de 18 ans et atteint de cette malformation, témoigne de son long parcours du combattant : « J’ai grandi avec cette malformation à Mamou. J’ai demandé à mes parents de m’aider à me faire opérer, mais ils n’ont pas pris la chose au sérieux. À l’âge de 14 ans, j’ai donc décidé de prendre mon destin en main. J’ai cherché des renseignements et on m’a parlé d’un navire-hôpital en Sierra Leone. Malheureusement, à mon arrivée sur place, ils étaient déjà partis. Je suis rentré à Mamou où j’ai plus tard eu un accident. C’est à l’hôpital de Mamou que j’ai finalement obtenu le contact de la clinique à Conakry où je me trouve aujourd’hui », raconte-t-il.
À noter qu’à l’échelle nationale, l’incidence de cette malformation est estimée à environ un cas pour 700 à 800 naissances par an.
Sona Sylla pour avenirguinee.org



