Après la participation du chef de l’État à la 69ᵉ session ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Freetown, où le lancement de la monnaie sous-régionale a de nouveau été évoqué, le Président de la République a réaffirmé, en Conseil des ministres, une position ferme en faveur de la préservation de la souveraineté monétaire nationale.
Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction d’avenirguinee.org ce vendredi 31 juillet, l’économiste Dr Mohamed Cissé a livré son analyse. Entre prudence, réserve et vision stratégique, il décortique une orientation économique majeure qui engage l’avenir du pays et le quotidien des Guinéens.
« Quand vous avez votre propre monnaie, vous disposez de beaucoup plus d’avantages en matière de politique monétaire. Aller vers une zone monétaire commune implique de renoncer à son indépendance sur ce plan. Vous ne pouvez plus décider en toute indépendance de la quantité de monnaie à injecter dans l’économie, ni utiliser le levier monétaire pour amortir certains chocs subis par d’autres variables économiques. Vous êtes contraint de vous aligner sur le fonctionnement et les critères de la banque centrale de la zone, dont l’objectif fondamental reste quasi exclusivement la stabilité des prix », a-t-il expliqué.
Interrogé sur la possibilité d’une coexistence entre monnaie nationale et la future monnaie sous-régionale, l’expert tranche sans ambiguïté : « Il n’y a pas de cohabitation à proprement parler dans ce cas de figure. C’est soit nous conservons le Franc guinéen, soit nous adoptons la monnaie sous-régionale. Cela n’exclut pas qu’il puisse y avoir deux monnaies ayant cours légal simultanément dans une économie — comme c’est le cas au Liberia où le dollar libérien et le dollar américain circulent en parallèle. Mais je ne pense pas que la dynamique de l’Eco s’inscrive dans ce schéma ; il s’agit plutôt de renoncer à notre propre monnaie. »
Pour conclure son analyse, Dr Mohamed Cissé a rappelé que le débat monétaire dépasse le cadre des simples préférences individuelles et exige une rigueur scientifique et stratégique :
« La question monétaire est éminemment stratégique. On ne peut pas procéder à un tel choix sur la base de simples convictions personnelles. Cela doit se décider en tenant compte des paramètres géostratégiques du pays, de ses atouts économiques et d’une évaluation rigoureuse de l’impact de l’intégration sous-régionale », a-t-il affirmé.
Sona Sylla, pour avenirguinee.org



