On constate ces derniers temps en Guinée une hausse dramatique des accidents mortels provoqués par les camions remorques, tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Pas plus tard que dimanche dernier, un camion a coûté la vie à deux personnes au Km 36, peu après le drame de Mamou qui a fait plus de 16 morts.
Face à cette situation préoccupante, notre rédaction a rencontré ce mercredi 29 juillet 2026 le président de l’Union Nationale des Transporteurs Routiers de Guinée (UNTRGUI), Elhadj Férébory Donzo.
Lors de son intervention, le président de l’UNTRGUI a d’abord tenu à exprimer ses regrets et sa compassion face à ces tragédies à répétition :
« Je crois que c’est très regrettable. Je présente toutes mes condoléances aux différentes familles éplorées. Comme vous l’avez si bien dit, c’est très dommage. Il faut qu’il y ait une réforme profonde dans le secteur du transport. Depuis l’accident de Mamou, il y a une série de concertations entre la police, la gendarmerie, le ministère des Transports, l’Union Nationale des Transporteurs Routiers, le syndicat et même le ministère de la Justice, pour prendre des dispositions et chercher comment solutionner ce désastre dans le pays. »
Revenant sur les causes de ces drames routiers, Elhadj Férébory Donzo explique qu’elles sont multiples, tout en insistant sur la responsabilité humaine : « Les facteurs sont divers. Il y a des éléments qui dépendent de l’état de vétusté des camions, d’autres de l’état de la route. Mais le facteur primordial reste les conducteurs. Si l’on réduit la part de responsabilité des chauffeurs dans les accidents, le reste deviendra très minime. Il faut donc une formation nécessaire, des sensibilisations et une réglementation stricte assortie de sanctions. »
Interrogé sur la jeunesse des conducteurs parfois mineurs ou très jeunes, souvent pointés du doigt, le président assume une part de responsabilité tout en interpellant l’État : « Oui, nous sommes responsables d’un côté, mais l’État l’est aussi parce que ces jeunes se présentent avec des permis de conduire. Ce n’est pas nous qui octroyons les permis ; nous ne faisons que les employer pour la conduite. C’est pour cela que toutes les composantes du secteur des transports doivent se retrouver pour harmoniser les décisions. Lors de l’accident de Mamou, le jeune n’avait que 24 ans. Confier un gros porteur de ce genre à un jeune de 24 ans est très délicat : les jeunes ont moins de retenue et conduisent ces camions comme des voitures. Or, peu importe le système de freinage, à une certaine vitesse, un camion ne peut s’arrêter que sur une longue distance. Lorsque l’impact est imminent, il est impossible d’immobiliser le véhicule. »
Revenant sur les annonces du gouvernement concernant l’installation de caméras de surveillance et la fin de la gestion à l’amiable des accidents, il approuve ces démarches :
« C’est une excellente chose. En Côte d’Ivoire par exemple, les caméras existent déjà. Ce sont des outils qui permettent de contrôler les infractions et de traquer les mauvais chauffeurs. Chez nous, beaucoup pensent encore que l’accident est une fatalité, alors que ce n’est pas le cas. Si nous prenons les mesures adéquates, nous pouvons réduire le taux d’accidents à un niveau très bas. À la sortie de nos concertations, il faut des mesures fortes : le respect strict des lois et des règles. Quand les conducteurs sauront qu’en cas d’accident ils iront en prison, ils réfléchiront à deux fois avant de prendre le volant. »
Le président de l’UNTRGUI a également souligné la vétusté du cadre juridique actuel : « Le code de la route que nous utilisons aujourd’hui date de 1984. Un nouveau code a été élaboré mais il n’est pas encore promulgué. Avec l’évolution du pays et des transports, il est impératif d’adopter ce nouveau code de la route. Il prévoit des sanctions fermes qui permettront de freiner les incivilités dans la circulation. »
En guise de solutions durables, Elhadj Férébory Donzo plaide pour une réorganisation structurelle du métier de transporteur : « Il faut étendre la formation et la sensibilisation à l’ensemble des acteurs, mais surtout aller vers la professionnalisation du secteur. Aujourd’hui en Guinée, il suffit d’avoir de l’argent et d’acheter un engin pour se proclamer transporteur. C’est ce système que nous devons corriger. En professionnalisant le secteur, il y aura des fonctionnalités à remplir pour exercer ce métier. Cela permettra de garantir la compétence des acteurs, de mieux les former et d’assurer un suivi des chauffeurs, même à distance. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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