Ces derniers temps, la dégradation poussée de la qualité de la connexion Internet fournie par l’opérateur Orange Guinée suscite une vive indignation au sein de la population. Forfaits s’épuisant en quelques heures, instabilité chronique du réseau et difficultés à effectuer des appels vers l’étranger : le quotidien des consommateurs est devenu un véritable parcours du combattant.
Face à ces dysfonctionnements récurrents, une équipe de la rédaction d’avenirguinee.org a rencontré ce jeudi 23 juillet 2026 plusieurs usagers excédés par la situation.
Pour Ibrahima Kalil Bangoura, chef d’entreprise de prestation de services, les conséquences économiques et pratiques sont désastreuses : « Actuellement, la connexion d’Orange n’est vraiment pas fiable. Elle nous fatigue énormément. Quand tu achètes un pass d’une semaine, il ne dure même pas deux heures. Dans d’autres pays, lorsqu’on paie pour une semaine, la connexion dure une semaine. Mais ici, Orange consomme notre argent alors que la qualité n’y est pas. J’ai été victime de cette situation à de nombreuses reprises. Nous demandons au gouvernement de revoir ce problème, car la qualité est extrêmement mauvaise. »
Un constat partagé par Amara Keïta, un autre citoyen interrogé, qui dénonce le manque de fermeté de l’organe de régulation : « Vraiment, la connexion Orange nous fatigue. Il est impossible de se connecter pendant une heure sans subir de coupures ou de perturbations, à plus forte raison d’effectuer un appel vers l’extérieur. J’accuse l’État qui ne prend pas ses responsabilités face à cette pratique. Nous ne bénéficions pas de ce service gratuitement, nous devrions être satisfaits. Dans les autres pays, l’État veille sur la qualité des services. Nous demandons donc aux autorités de contrôler les actions d’Orange pour protéger la population. ».
Pour comprendre les causes profondes de cette dégradation, notre rédaction s’est entretenue avec Abdoulaye Barry, Secrétaire Général du Syndicat National des Travailleurs d’Orange Guinée et de la Fédération Syndicale Autonome des Télécommunications et Assimilés de Guinée (FESATEL).
Selon le leader syndical, le nœud du problème réside dans l’asphyxie du réseau mobile face à une demande explosive et l’absence d’infrastructures alternatives autorisées : « L’Internet est devenu un service vital. Orange, bien qu’arrivé en 4ᵉ position en République de Guinée, est aujourd’hui le leader du marché avec plus de 10 millions de clients actifs sur son réseau. Cependant, l’opérateur est aujourd’hui dans l’incapacité de satisfaire correctement les consommateurs. Il n’existe actuellement qu’un seul canal de communication pour gérer à la fois l’Internet, les appels, Orange Money, les connexions bancaires et les transferts internationaux. »
Barry met en avant l’écart de réglementation entre la Guinée et les pays voisins de la sous-région : « Au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Mali, les opérateurs disposent de plusieurs canaux et ont l’autorisation de déployer le FTTH (Fiber to the Home ou la fibre optique jusqu’au domicile). En Guinée, l’ARPT (l’organe de régulation) interdit à Orange Guinée d’envoyer la fibre optique directement chez les particuliers. Pourtant, connecter les foyers à la fibre permettrait de désengorger les antennes relais. Le réseau mobile est totalement saturé. Si on ne donne pas à l’opérateur la possibilité d’exploiter la fibre optique pour les ménages, nous irons vers des difficultés encore plus grandes. »
Pour débloquer la situation, le Secrétaire Général de la FESATEL plaide pour un assouplissement réglementaire et l’instauration rapide d’un cadre de concertation avec le ministère de tutelle : « La solution réside dans l’autorisation accordée aux opérateurs d’exploiter la fibre optique, ce qui permettrait d’offrir une connexion stable et à tarif mensuel abordable pour les ménages. Nous comptons sur le professionnalisme du ministre des Postes et Télécommunications pour activer rapidement un cadre de dialogue sincère entre le ministère, l’ARPT, les opérateurs et la FESATEL afin de trouver une issue favorable pour l’ensemble des consommateurs. »
Ibrahima Sory Camara, pour avenirguinee.org



