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Kindia : Le grand paradoxe d’une « capitale des agrumes » où les fruits sont devenus un luxe (reportage)

by avenirguinee
15 juillet 2026
in Societe
Kindia : Le grand paradoxe d’une « capitale des agrumes » où les fruits sont devenus un luxe (reportage)

Réputée depuis plusieurs décennies comme la capitale guinéenne des agrumes, Kindia est célèbre pour ses vastes plantations d’oranges, de bananes, d’avocats, de citrons ou encore d’ananas. Pourtant, un paradoxe frappe de plein fouet les habitants et les observateurs : dans cette région où la terre est d’une générosité remarquable, le prix des fruits reste désespérément élevé sur les marchés locaux.

Pour percer le mystère de cette réalité économique, notre rédaction est allée à la rencontre de ceux qui font vivre cette filière, des champs aux étals des marchés.

Pour les agriculteurs, le constat est sans appel : cultiver la terre aujourd’hui relève du parcours du combattant. L’entretien des plantations, la main-d’œuvre, le transport des récoltes et la rareté des intrants pèsent lourdement sur les comptes d’exploitation.

Aïssatou Bagna Diallo, entrepreneure agricole courageuse, revient sur son parcours semé d’embûches et la réalité du terrain :

« J’ai été accompagnée par une institution internationale qui soutient l’entrepreneuriat en Afrique, ce qui m’a permis d’acquérir ce domaine. Les difficultés de départ ont été énormes, mais j’étais préparée mentalement, car je savais que je m’aventurais dans un secteur encore très masculin. Le processus d’installation a été complexe. J’ai acheté ce domaine grâce à un prix remporté auprès d’une fondation. Mais parce que j’étais jeune et femme, certains pensaient pouvoir me spolier de ma terre après avoir encaissé l’argent. »

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Pour cette jeune productrice, la flambée du prix des intrants agricoles explique en grande partie les tarifs pratiqués sur les marchés :

« Si les producteurs ne sont ni soutenus ni sécurisés, il n’y aura tout simplement plus de marché. J’utilise principalement des engrais organiques, mais nous ne pouvons pas nous passer des produits phytosanitaires. Or, ces intrants sont devenus introuvables. Aujourd’hui, un sac d’engrais oscille entre 550 000 et 600 000 GNF. Face à la hausse exponentielle de nos charges, nous ne pouvons plus cultiver de grandes superficies faute de trésorerie. Les prix s’en ressentent forcément à la récolte. »

Un constat partagé par Aboubacar Sylla, ingénieur agronome, qui pointe lui aussi du doigt le coût prohibitif des intrants : « Les intrants agricoles sont excessivement chers en Guinée. L’urée avoisine les 600 000 GNF, tout comme la potasse, ce qui est un vrai problème pour les cultures de bananes et d’ananas. Quant au NPK, il se négocie entre 330 000 et 350 000 GNF. Avec de tels coûts de production, nous sommes contraints d’ajuster nos prix de vente pour ne pas travailler à perte. À cela s’ajoutent les conflits agriculteurs-éleveurs et les dégâts causés par les bœufs, qui nous obligent à embaucher des gardiens. Nous appelons à une véritable implication de l’État pour soulager notre secteur. »

Au marché de Kindia, les vendeuses de fruits se retrouvent en bout de chaîne et subissent la colère des clients. Pourtant, elles affirment ne pas spéculer et subir les lois d’un marché qui leur échappe.

Yarie Soumah, commerçante de fruits, explique son quotidien : « Nous ne fixons pas nos prix au hasard. Nous calculons en fonction de notre prix d’achat dans les villages et des frais logistiques que nous supportons. Aujourd’hui, un régime de bananes se négocie entre 50 000 et 60 000 GNF, un panier de goyaves entre 20 000 et 25 000 GNF, et les ananas entre 15 000 et 20 000 GNF selon la taille. Parfois, face aux négociations serrées des clients, nous revendons à perte. Les agriculteurs dépensent énormément pour produire et nous revendent logiquement leurs produits à des prix déjà très élevés. »

Aux difficultés structurelles s’ajoutent les contraintes saisonnières, particulièrement rudes en période d’hivernage. M’Mah Keïta, vendeuse au détail, plaide pour un appui institutionnel : « En cette saison des pluies, l’accès aux villages est difficile et les fruits se font plus rares. Les prix grimpent à cause du transport, du coût des engrais et de la main-d’œuvre. Parfois, nous acceptons de baisser nos marges pour garder nos clients. L’État doit impérativement aider les paysans à la base pour que tout le monde s’y retrouve. »

Derrière l’image de carte postale d’une Kindia verdoyante et généreuse se cache une équation économique complexe. L’abondance de la production locale ne garantit plus des prix abordables dans les assiettes des ménages. Entre l’envolée du coût des intrants, l’enclavement des zones de production et la baisse du pouvoir d’achat, toute la chaîne de valeur cherche son souffle.

Pour sauver la réputation de la « cité des agrumes », il ne suffira pas de produire plus. Il faudra structurer la filière, subventionner les intrants essentiels et faciliter le transport afin de garantir des revenus décents aux agriculteurs tout en rendant les fruits accessibles à toutes les bourses guinéennes.

De Kindia, Naby Moussa Sylla pour avenirguinee.org

621 86 01 37

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