En Guinée, la chicha s’est imposée comme un phénomène social, particulièrement
chez les jeunes. Malgré l’interdiction officielle de sa commercialisation et de sa consommation depuis 2022, elle reste omniprésente dans les rues, les cafés, les domiciles et même entre les mains d’enfants. Ce constat alarmant soulève des enjeux sanitaires, sociaux et réglementaires majeurs.
Une composition chimique hautement toxique
La fumée de chicha contient une concentration élevée de substances dangereuses
issues du tabac et du charbon utilisé pour le chauffer :
Nicotine : substance addictive responsable de la dépendance.
Monoxyde de carbone (CO) : gaz toxique réduisant l’oxygénation du sang.
Goudrons : agents cancérigènes favorisant les cancers des voies respiratoires.
Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) : substances hautement cancérigènes.
Métaux lourds : arsenic, plomb, chrome, cadmium.
Formaldéhyde, acroléine, benzène : irritants et neurotoxiques.
Selon l’OMS, une séance de chicha d’une heure équivaut à fumer entre 20 et 100 cigarettes, avec une exposition accrue aux particules fines et aux composés toxiques.
Une banalisation inquiétante chez les jeunes
Une enquête nationale menée en 2023 par l’IIFPIDCA révèle que 23,87 % des élèves du secondaire (15 à 18 ans) ont déjà consommé de la chicha. Dans certains quartiers de Conakry, des enfants de moins de 15 ans sont régulièrement observés en train de fumer, souvent sans surveillance ni conscience des risques encourus.
La rue, nouveau salon de consommation
La chicha n’est plus confinée aux lounges : elle est désormais consommée en plein air, sur les trottoirs, les plages, les marchés, exposant les passants à un tabagisme passif dangereux. Cette visibilité contribue à sa normalisation, en particulier chez les jeunes en quête d’appartenance sociale.
Un impact sanitaire massif et silencieux
Les structures de santé enregistrent une augmentation des cas de bronchites chroniques, d’asthme, de toux persistante et d’infections pulmonaires chez les jeunes consommateurs. La chicha est également associée à des cancers ORL, des troubles cardiovasculaires, une baisse de fertilité, et des risques accrus de transmission de maladies infectieuses via les embouts partagés.
Une réglementation inefficace ou ignorée
Malgré l’arrêté ministériel N°2022-3597 interdisant la chicha, la vente et la consommation se poursuivent dans l’informel, sans contrôle ni sanctions effectives.
Des lounges, bars et vendeurs ambulants proposent librement le matériel et les recharges, souvent sans respecter les normes sanitaires.
Les non-consommateurs aussi exposés
Les passants, les enfants, les travailleurs de rue et les riverains sont involontairement exposés à la fumée toxique, notamment dans les lieux publics non ventilés. Ce tabagisme passif augmente leur risque de maladies respiratoires, cardiovasculaires et de cancers.
Conclusion : une urgence sanitaire et sociale
La chicha n’est pas un simple loisir : c’est un vecteur de dépendance, de maladies graves et de déscolarisation. Face à cette menace, une réponse multisectorielle est indispensable : application stricte de la réglementation, campagnes de sensibilisation, alternatives saines pour les jeunes, et implication des familles et des écoles.
Dit moi qui est ta jeunesse je te dirai quel sera ton avenir.

Par Dr Kabinè Kanté, Médecin généraliste/Urgentiste



