Avant tout développement, je tiens à recadrer d’abord le tire c’est-à-dire planter le décor normal du sujet. Ceci dit, j’accepte en tout état de cause, l’idée d’autres économistes qui qualifient cette action de création monétaire, c’est-à-dire une planche à billets, car le communiqué de Monsieur le Gouverneur de la BCRG a été plus explicite que nous tous en levant l’équivoque à ce niveau. L’opération consistera à émettre de nouveaux billets de 20000 en circulation sans initiative immédiate d’en retirer la contrepartie en anciens billets déjà qualifiés de moins sécurisés par rapport aux nouveaux à émettre. Si je trouve cette création de monnaie normale et possible par la Banque Centrale, cependant, je trouve l’argument de ses autorités centrales moins convaincant, lorsqu’ils se défendent en argumentant le but de leur opération par le renforcement des mesures de sécurité, contre la contrefaçon et des adaptations des billets de 20000, aux exigences économiques et écologiques.
Sincèrement, qui peut croire à cela ?
En-tout-cas, pas les économistes chevronnés ou même les tops économistes du pays, qui ont aussi droit à la parole afin de donner, leurs différentes opinions par rapport au sujet, et qui se diront d’ailleurs, que la nécessité de l’argument avancé par les autorités n’était pas présente, car aussi, le Dollar et l’Euro sont des monnaies étrangères de référence et donc très sécurisées. Mais cela n’a pas empêché des délinquants à les falsifier. Ces zones monétaires, ont-elles revu à chaque fois la sécurité de leurs monnaies ? Je dis bien non. Quand n’est-il alors des Guinéens face au GNF ?
Si nous devons alors nous dire toute la vérité, je crois que l’Etat guinéen est dans la prédisposition d’adopter une politique monétaire expansionniste qui consiste pour la Banque centrale à augmenter la masse monétaire, soit l’offre de monnaie. L’objectif étant de stimuler l’activité économique. Et c’est ’ailleurs pourquoi, la banque centrale a eu à anticiper sur les externalités négatives de la future opération monétaire, en fixant à 1 %, le taux des retrait sur les dépôts des banques primaire auprès d’elle. Ce qui permettra de freiner tant peu soit-il le niveau de la fluidité monétaire en circulation qui sera entrainer à grande partie par l’émission des nouveaux billets de 20000 comme cela se trouve annoncé par les autorités de la BCRG.
Ceci étant, il n’est aujourd’hui un secret pour personne que des facteurs parfois exogènes ou endogènes impactent sur la croissance économique de beaucoup de pays, avec un faible niveau de production nationale comme la Guinée. Parmi ces facteurs, on peut citer la crise liée à la guerre de l’UKRAINE avec la RUSSIE et la suspension de l’aide publique au développement par le Gouvernement américain avec Donald TRUMP. À ceux-ci s’ajoutent aussi dans le cas spécifique de la Guinée, la tension entre ELLE et le FMI par rapport à une dépense extrabudgétaire d’1 milliard de dollars non justifiée et le moment d’incertitude que le pays est en train de traverser actuellement, je veux parler de la transition.
Le pays se trouve dans ce cas de figure, dans un modèle d’économie de type fermé ou en quelque sorte, une économie isolée par le reste du monde. Pour parler ainsi, je m’appuie sur des signes et faits caractéristiques partiellement énumérés.
Dans de telles situations dites d’incertitude, où même l’économie a tendance à s’écrouler, il serait très malin de la part de l’Etat, d’appliquer une mesure monétaire expansionniste, par exemple pour encourager la consommation et l’investissement au niveau national. Il faudra alors, diminuer le taux directeur pour que l’offre de monnaie augmente en circulation ou alors, faire le recours à la planche à billets. La baisse du taux d’intérêt stimulera l’investissement et la consommation en faisant ainsi augmenter la demande. Faut-il rappeler que dans une économie comme le cas actuel en Guinée, toute augmentation du taux d’intérêt viendra évincer une partie de l’investissement et de la consommation ?
L’une des principales contributions positives de l’inflation modérée qui en résultera de la création monétaire est la capacité à stimuler la demande intérieure. Vous vous demandez comment peut-être ? C’est simple, lorsque les prix augmentent de manière modérée, les consommateurs sont incités à dépenser leur argent plutôt que de le conserver. Cela permettra donc aux entreprises aussi, d’ancrer leurs anticipations de hausses des prix à moyen et long terme.
Le caractère prévisible de ces dernières est favorable à la prise de décision d’investir, car il réduit l’incertitude sur les revenus futurs engendrés par l’investissement. C’est un schéma qui sera alors à mesure d’inciter par ailleurs les ménages à placer leurs excédents de liquidités plutôt que de les thésauriser ou de les conserver sur leurs comptes bancaires. À défaut, l’érosion monétaire réduirait le pouvoir d’achat de leur épargne.
Vous comprendrez donc aisément pourquoi l’Etat fait recours à la planche à billets, ce qui est aussi appelé par certains la contrefaçon légale. Au lieu d’avoir pour but, le renforcement des mesures de sécurité contre la contrefaçon et des adaptations des billets de 20.000 aux exigences économiques et écologiques, ça ne peut être à mon avis que pour amener les ménages qui ont adopter un comportement de méfiance en gardant sur eux leurs épargnes dites de précautions, à changer de manière. Ce qui est normal pour une économie qui se veut croissance.
Une inflation modérée contribue donc à assurer l’équilibre entre le niveau d’épargne et le niveau de l’investissement sans lequel les taux d’intérêt s’orienteraient à la hausse, limitant ainsi les projets d’investissements des entreprises. Une faible inflation contribue également à réduire la valeur réelle des dettes, ce qui favorise les décisions d’investissement de long-terme. Une faible inflation permet également de conserver les taux d’intérêt à des niveaux peu élevés, puisque la banque centrale qui fixe les taux d’intérêt directeurs n’a pas besoin de restreindre les conditions de crédit pour atteindre son objectif de politique monétaire. Ceci est favorable à la croissance économique, car les ménages et les entreprises peuvent emprunter à des conditions financières incitatives, tant en termes nominaux (le niveau des taux d’intérêt) que réels (le niveau des taux d’intérêt diminué de l’inflation).
Pour être efficaces face à la situation, le Gouvernement guinéen devra rectifier aussi son budget pour dégager un solde public avec l’espoir d’accroître l’activité économique, tout en sachant que l’augmentation de la dette publique devra être contrebalancée par de futures rentrées fiscales.
Cependant, s’il faut demander aux citoyens de ne pas s’inquiéter assez, cela ne veut pas aussi dire pourtant, de ne pas s’inquiéter un tout petit peu. Je m’explique.
La banque centrale dans son communiqué n’a pas été bavarde sur la quantité de monnaie qu’elle prétend imprimer pour injecter dans la circulation. Cela pouvait nous permettre de faire une analogie complète de la procédure. Ce qui voudra dire qu’il y a un non-dit qui me pousse à parler avec réserve.
Aussi, s’il faut rappeler qu’en Guinée, le taux d’inflation a augmenté de 2,7 % en glissement annuel en janvier 2025, contre 3,1 % en décembre 2024 et selon les estimations aussi, le taux de l’inflation en Guinée devrait dépasser 10 % en 2024 et 2025 alors il y a lieu de prendre des dispositions par rapport au dérapage qui surviendront pour éviter une inflation forte.
Une forte inflation entraîne une dégradation de la compétitivité prix des produits fabriqués dans le pays par rapport aux produits fabriqués à l’étranger. En effet, si les prix des produits domestiques deviennent plus élevés que les mêmes produits fabriqués à l’étranger pour une qualité comparable, la demande étrangère risque de diminuer (baisse des exportations) alors que la demande interne pour les produits étrangers risque d’augmenter (hausse des importations). Il en résulte une baisse de l’activité pour les entreprises domestiques qui est susceptible d’entraîner des réductions d’effectifs et donc une progression du chômage. Cela renforce l’incertitude quant au niveau futur des prix. Aussi, les entreprises adoptent des comportements prudents en matière d’investissement, car la rentabilité de ceux-ci est difficile à anticiper. Une trop forte inflation risque donc de réduire les investissements productifs et donc le potentiel de croissance pour pénaliser les ménages, si leurs salaires ne sont pas indexés sur la hausse des prix. Ils subissent alors une perte de pouvoir d’achat qui peut les amener à réduire leur consommation ou à désépargner pour maintenir leur niveau de vie.
Cette tribune ne veut pas dire que je suis en marge de solutions à proposer à l’Etat ou peut-être que je l’encourage à procéder à la planche à billets pour le refinancement de l’économie guinéenne. Non ! C’est loin de cela.
À la place de l’Etat, puisque nous sommes dans une période de refondation de l’Etat et de la Gouvernance, j’aurai opté pour un refinancement à travers des banques publiques de développement (BPD) qui sont des banques de l’Etat chargées de financer globalement pour lui, des projets économiques, sociales et autres que le reste du secteur financier ne prend pas. Ces types de banques qui ne sont pas en compétition avec les autres banques, apportent des financements de longues durées sur des projets comme l’éducation, travaillent sur le secteur agricole et le développement des capacités des PME, en un mot, soutiennent l’économie locale. C’est des banques souvent discrètes, mais qui sont au cœur de l’activité économique d’un pays.
Les Banques Publique de Développement (BPD) ont deux avantages perçants.
1) Elles travaillent sur les priorités nationales : réduction de la pauvreté, création d’emplois, j’en passe des mers.
2) Elles ont aussi une responsabilité internationale à travers les engagements de leurs pays.
Votre serviteur pour toujours. Prêt à en débattre avec quiconque dans le cadre d’un débat constructif visant à étayer la conviction de l’opinion publique face à des spéculations partisanes.
Par Mohamed Lamine CAMARA (MOLAC



