Il est des actes dont la portée dépasse largement le préjudice matériel qu’ils occasionnent. Le cambriolage des installations de la RTG Boulbinet, marqué par l’emport de plusieurs équipements audiovisuels essentiels à son fonctionnement, appartient incontestablement à cette catégorie. Au-delà de la disparition de matériels stratégiques, cette intrusion soulève des interrogations sur ses véritables motivations, particulièrement dans un contexte où la modernisation des médias publics guinéens constitue l’un des chantiers auxquels le ministre Fana Soumah a consacré une part importante de son engagement.
Pour mesurer toute la gravité de cet événement, il convient de revenir sur le parcours de celui qui a contribué à redonner vie à cette institution audiovisuelle.
Après le 5 septembre 2021, lorsque le CNRD a pris les commandes du pays, Fana Soumah, alors nommé directeur général de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, a hérité d’une maison plongée dans une situation de délabrement technique particulièrement préoccupante. La RTG Boulbinet, longtemps confrontée à des difficultés matérielles et opérationnelles, avait besoin d’une véritable renaissance. Là où beaucoup avaient fini par s’accommoder de la situation, il a choisi de relever le défi.
Avec détermination, méthode et engagement, il a entrepris de remettre cette télévision sur les rails. Des équipements techniques ont été mobilisés, les installations progressivement réhabilitées et les conditions de travail améliorées. La RTG Boulbinet a ainsi retrouvé sa capacité de diffusion, permettant à ses travailleurs de reprendre pleinement leurs activités et aux citoyens de bénéficier à nouveau d’un service public audiovisuel opérationnel.
Cette dynamique ne s’est pas limitée à Boulbinet. Les radios rurales, la RTG Koloma et d’autres structures relevant du secteur des médias publics ont également bénéficié de cette volonté de transformation. Derrière ces réalisations, il y a une vision : celle de médias publics mieux équipés, plus performants et davantage en mesure de remplir leur mission d’information et de service aux populations.
De telles avancées auraient dû susciter une mobilisation collective et une volonté commune de poursuivre le travail engagé. Mais, dans certaines sphères de l’administration, la réussite des uns semble parfois constituer une contrariété pour ceux qui n’ont pas su obtenir les mêmes résultats.
C’est précisément là que se situe une partie du malaise que suscite aujourd’hui le retour de Fana Soumah à la tête du département de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation.
Depuis le 5 septembre 2021, certains cadres évoluent au sein de ce département et nourrissent, selon plusieurs informations qui circulent, de fortes ambitions personnelles. Certains auraient même multiplié les démarches et les stratégies dans l’espoir d’accéder à la fonction ministérielle. La nomination de Fana Soumah, décidée par le président de la République, Mamadi Doumbouya, aurait ainsi été difficile à accepter pour ceux qui se voyaient déjà occuper ce fauteuil.
Le problème est pourtant simple : la fonction ministérielle n’est ni un héritage administratif ni une récompense accordée au terme d’une longue attente. Elle relève d’un choix présidentiel fondé sur des considérations qui appartiennent au chef de l’État. Et le président Mamadi Doumbouya a porté son choix sur Fana Soumah, dont il connaît certainement le parcours, l’expérience et la capacité à conduire les réformes attendues dans ce secteur.
Dès lors, faudrait-il considérer que ceux qui n’ont pas été retenus devraient, par dépit ou par frustration, transformer leur déception en résistance à l’action du nouveau ministre ? Certainement pas. La loyauté envers l’État commande de servir l’institution, quelle que soit la personnalité appelée à la diriger. Un département ministériel n’est pas la propriété de ses cadres, encore moins un terrain de compétition où les ambitions personnelles doivent prendre le dessus sur l’intérêt général.
C’est dans ce climat que survient le cambriolage de la RTG2 de Boulbinet. Et c’est précisément ce qui rend cet événement particulièrement troublant.
Comment comprendre qu’une installation aussi stratégique, disposant d’un dispositif de sécurité comprenant une présence militaire, un poste armé à l’entrée et des agents chargés de la surveillance, puisse être infiltrée, dépouillée de plusieurs équipements techniques essentiels, puis abandonnée sans que les auteurs soient immédiatement appréhendés ?
Comment des individus peuvent-ils accéder à des espaces techniques spécifiques, identifier les équipements les plus importants, procéder à leur enlèvement et quitter les lieux dans de telles circonstances ?
Ces questions ne relèvent pas d’une simple spéculation. Elles appellent des réponses précises. Car la nature des matériels emportés et la configuration du site rendent légitime l’examen de toutes les hypothèses, notamment celle d’une éventuelle connaissance interne des installations, de leurs accès et de leur fonctionnement.
Il serait cependant irresponsable de désigner des coupables avant les conclusions de l’enquête. Mais il serait tout aussi regrettable d’écarter, par facilité, la piste d’éventuelles complicités ou de manœuvres destinées à fragiliser les acquis enregistrés au sein des médias publics.
Des informations qui circulent dans certains milieux laissent en effet entendre que cet acte pourrait s’inscrire dans une logique de sabotage des efforts entrepris par Fana Soumah. Certains cadres, qui auraient difficilement accepté de ne pas accéder au ministère, sont soupçonnés par des observateurs de vouloir entraver sa réussite. Ces soupçons restent à établir, mais leur existence mérite que les investigations ne se limitent pas à la recherche des seuls exécutants matériels.
Car, au fond, une question mérite d’être posée : à qui profite l’affaiblissement d’une télévision que l’on a mis tant d’efforts à remettre en fonctionnement ? À qui profite la destruction ou la disparition d’équipements qui permettent à des travailleurs de remplir leur mission et à des millions de citoyens d’accéder à l’information ?
Ce cambriolage ne doit donc pas être banalisé. Il ne saurait être réduit à un simple fait divers sans que soient examinées ses éventuelles implications administratives, professionnelles et institutionnelles. Les enquêteurs doivent aller au fond des choses, entendre toutes les personnes susceptibles d’apporter des éclaircissements, examiner les conditions d’accès au site et déterminer si des informations privilégiées ont facilité cette opération.
La vérité doit être recherchée sans complaisance, sans règlement de comptes et sans protection particulière. Si des complicités internes sont établies, leurs auteurs devront répondre de leurs actes. Si, en revanche, l’enquête démontre qu’il s’agit d’un cambriolage sans lien avec les rivalités supposées au sein du département, cette vérité devra également être acceptée.
Une chose demeure néanmoins certaine : le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation ne peut être pris en otage par des ambitions individuelles. La mission confiée à Fana Soumah ne doit pas être appréciée à l’aune des frustrations de ceux qui espéraient occuper son fauteuil, mais à travers les résultats qu’il produira au bénéfice du pays.
À ceux qui semblent croire que le département ne peut fonctionner sans eux, il faut rappeler qu’aucune administration ne se confond avec les ambitions de ses cadres. La Guinée a besoin de femmes et d’hommes capables de servir, de construire et d’accompagner les décisions de l’État, non de responsables qui considèrent leur nomination comme une fin en soi.
Le président de la République, Mamadi Doumbouya, a fait un choix. Il appartient désormais à chacun de se mettre au travail et de contribuer à la réussite de la mission gouvernementale. Avec la détermination du ministre Fana Soumah, l’engagement de son équipe et le soutien des autorités, le département doit poursuivre sa transformation et répondre aux attentes des citoyens.
Quant à ceux qui nourrissent encore l’illusion que leur non-nomination constitue une injustice à réparer par tous les moyens, une vérité mérite d’être rappelée, avec toute la franchise qu’elle impose : Allah n’est pas obligé de faire de chacun un ministre.
La République n’est pas une course aux fauteuils. Elle est une exigence de responsabilité, de compétence et de résultats. Et aucun sentiment de frustration ne devrait jamais justifier que l’on s’attaque aux acquis d’une institution publique.
Abdoulaye Bouka Barry Journaliste, secrétaire général de l’association des journalistes littéraires de Guinée A.J.L.G.



