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Mutations de magistrats en Guinée : « Une perte de temps considérable pour notre justice », alerte Me Labilé Koné

by avenirguinee
22 octobre 2026
in Justice
Mutations de magistrats en Guinée : « Une perte de temps considérable pour notre justice », alerte Me Labilé Koné

Dans un décret récent lu à la télévision nationale, le président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, a procédé à la nomination de plusieurs hauts cadres ainsi qu’à la mutation de nombreux magistrats. Une décision qui suscite des réactions au sein de la société civile et du monde judiciaire.

Interrogé en exclusivité par notre rédaction ce jeudi 22 octobre 2026, le président de l’ONG Avocats Sans Frontières Guinée (ASF-Guinée), Me Christophe Labilé Koné, s’est prononcé sur la portée et les conséquences de ces réaménagements.

Des perturbations dans le calendrier judiciaire

Tout en rappelant le cadre légal et les prérogatives du chef de l’État qui agit sur proposition du ministre de la Justice et après avis favorable du Conseil supérieur de la magistrature, le patron d’ASF-Guinée a exprimé de vives inquiétudes quant au calendrier choisi.

« Ce n’est pas la première fois que nous vivons une telle situation. […] Cependant, concernant les affectations d’hier, j’ai deux préoccupations majeures, comme cela a souvent été le cas par le passé. Tout d’abord, vous savez que l’année judiciaire vient tout juste de commencer, le 5 octobre 2026. Il aurait été préférable de procéder à ces affectations au début des vacances judiciaires, c’est-à-dire en juillet ou en août. Cela aurait permis aux magistrats devant quitter leur juridiction de rejoindre leur nouveau poste à temps et de prendre en charge leurs nouveaux dossiers. »

Pour le juriste, l’impact sur le traitement des procédures en cours est immédiat et dommageable pour les justiciables : « Depuis la rentrée du 5 octobre jusqu’à hier, plusieurs magistrats mutés avaient déjà engagé des procédures et des décisions étaient attendues. Avec leur départ, les débats vont devoir reprendre à zéro. De plus, le temps que ces juges quittent leur ancienne affectation pour rejoindre la nouvelle entraînera au moins un mois, voire un mois et demi, de perturbations dans le fonctionnement des juridictions. J’aurais donc souhaité que ces mouvements interviennent plus tôt pour éviter ces désagréments. »

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La question clé du plan de carrière et des spécialisations

Au-delà du calendrier, Me Christophe Labilé Koné remet en question la logique des affectations entre le parquet et le siège, ainsi que la gestion des compétences spécialisées financées par les bailleurs et partenaires de la Guinée.

« Deuxièmement, nous constatons que le plan de carrière de nos magistrats n’est pas toujours respecté. Un magistrat peut passer 5, 10 ou 15 ans au parquet, puis, lors d’une nouvelle nomination, se retrouver au siège. Pour ce magistrat, il faut tout reprendre à zéro et se remettre en question pour réapprendre un nouveau rôle.

Par ailleurs, il existe des juridictions spécialisées, comme le tribunal pour enfants ou le tribunal de commerce, dont l’exercice nécessite des formations spécifiques. Des partenaires de la Guinée ont financé la formation de magistrats pour les spécialiser dans ces domaines. Or, à chaque mutation, certains se retrouvent affectés dans des juridictions où ils ne peuvent plus mettre en valeur ces compétences acquises. Tout cela constitue une perte de ressources. Il est essentiel de respecter les plans de carrière : lorsqu’un magistrat sort du centre de formation et intègre le parquet, il devrait y faire carrière jusqu’à sa retraite. Il doit en être de même pour les juges du siège, sinon nous serons dans un perpétuel recommencement. »

Le rôle et la responsabilité du Conseil supérieur de la magistrature

Interrogé sur la confirmation à leurs postes de figures telles qu’Aly Touré et Fallou Doumbouya, le président d’ASF-Guinée a réaffirmé qu’il s’agit de prérogatives régaliennes du chef de l’État, tout en appelant le Conseil supérieur de la magistrature à jouer pleinement son rôle de régulateur.

« Comme je le disais au départ, sur ces mutations, c’est le ministre qui propose avec l’avis favorable du Conseil supérieur de la magistrature. Prenez le cas de M. Aly Touré : depuis sa sortie du centre de formation, il a toujours servi au parquet. Lors de l’avant-dernière nomination, il a été affecté à la Cour d’appel en tant que premier président, où il doit siéger pour juger les affaires. Il lui faut alors réapprendre le métier du siège, ce qui n’est pas rationnel.

Le Conseil supérieur de la magistrature, qui donne son avis favorable, devrait revoir ces cas de figure pour faire respecter les plans de carrière et capitaliser sur les acquis des magistrats dans leurs domaines d’expertise. »

« Une perte de temps considérable pour notre justice »

En guise de conclusion sur l’impact pragmatique de ce décret au quotidien, Me Christophe Labilé Koné résume les défis logistiques et professionnels qui attendent les magistrats concernés : « Pour ceux qui ont été affectés d’une région à une autre, il va falloir déménager, et ces déménagements prennent du temps. Pour ceux qui sont passés du parquet au siège, il leur faudra réapprendre le fonctionnement du siège. Tout cela représente une perte de temps considérable pour notre justice », a-t-il expliqué.

Ibrahima Sory Camara

Pour avenirguinee.org

621 26 99 81

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