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Indépendance, vote du Fouta, libération des prisonniers, retour de la France…, Madifing Diané dit tout sur les 68 ans de la Guinée

by avenirguinee
28 septembre 2026
in Politique

Le 2 octobre prochain, la Guinée va célébrer ses 68 ans d’indépendance. La question que plusieurs observateurs internationaux se posent après 68 ans est la suivante : de quoi les Guinéens sont-ils fiers ?

Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction ce jeudi, à quelques jours de cette fête nationale, l’ancien Ministre de la Sécurité et ex-gouverneur de la ville de Labé, Elhadj Madifing Diané, revient d’abord sur la trajectoire historique qui a conduit la Guinée à la souveraineté nationale.

Vous êtes aujourd’hui considéré comme une bibliothèque vivante pour la nouvelle génération. Dites-nous, comment la Guinée a-t-elle obtenu son indépendance des mains des colonisateurs ?

Merci d’être venus et merci de vous intéresser à cette date. C’est une date majeure dans la vie de ce pays. On ne peut pas parler du 2 octobre sans faire un léger recul dans le temps, sans parler du 28 septembre, du 25 août, et même des conséquences de la Seconde Guerre mondiale.

En effet, ce sont ces conséquences qui ont amené le Général Charles de Gaulle à faire une proposition aux Africains qui les avaient accompagnés durant ce conflit. Beaucoup d’Africains sont morts pendant cette Seconde Guerre mondiale, beaucoup ont été faits prisonniers, etc. La France n’avait pas d’alternative ; elle venait de connaître la domination de 1939 à 1945. Toute l’Europe a été soumise au nazisme hitlérien, et Paris elle-même a été assiégée et dominée. La France a donc connu les conséquences d’une véritable domination. Quant à nous, territoires africains, nous avons subi 60 ans de domination française, de 1898 à 1958.

En un mot, après nous avoir occupés par la force, la France a pensé qu’elle pouvait nous dominer par la collaboration. Cette collaboration s’est traduite par une proposition faite à l’ensemble des territoires de l’AOF (Afrique Occidentale Française) et de l’AEF (Afrique Équatoriale Française) : opter pour une communauté avec la France. Cependant, les attributs de cette communauté n’étaient pas de nature à offrir une véritable liberté ; cette coopération n’était qu’une autre forme de colonisation, le néocolonialisme. L’autre choix était de rejeter cette proposition pour opter pour une indépendance réelle.

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Sur l’ensemble des territoires de l’AOF et de l’AEF, et c’est pour cela que je dis que le 2 octobre est une fierté et un honneur majeurs pour la Guinée , seule la Guinée a voté « Non » le dimanche 28 septembre 1958.

Les conséquences dans les cinq jours qui ont suivi ont été marquées par une forte déception, voire de la colère du côté français. La France s’est même engagée dans toutes les procédures possibles pour renverser ce choix guinéen, mais elle n’a pas pu. Nos administrations coloniales de l’époque ont été vidées et saccagées. La Guinée n’a donc rien hérité de cette colonisation sur le plan administratif.

Face à cette situation, du dimanche 28 septembre au jeudi 2 octobre 1958, l’Assemblée territoriale (alors appelée Conseil territorial de la Guinée française et présidée par El Hadj Saifoulaye Diallo), composée de 63 conseillers territoriaux issus des 33 cercles de la Guinée française, s’est réunie à Conakry le jeudi 2 octobre 1958. Ils se sont autodissous pour se constituer en Assemblée nationale, toujours présidée par El Hadj Saifoulaye Diallo. En sa qualité de président du Conseil territorial, il a été investi dans la dignité de président de l’Assemblée nationale, et les conseillers territoriaux dans celle de députés. L’indépendance a ainsi été proclamée.

Sous la présidence d’El Hadj Saifoulaye Diallo, la Guinée française a pris le nom de République de Guinée, et Ahmed Sékou Touré a été installé comme président de cette nouvelle République. Il était le plus jeune président du monde en 1958, avec seulement 36 ans. Certains de ses camarades avaient même moins de 36 ans.

Le 2 octobre a donc été la locomotive qui a libéré l’ensemble des territoires sous domination coloniale, qu’elle soit française, britannique, espagnole ou portugaise, et jusqu’à l’apartheid en Afrique du Sud. Ce vote et cette indépendance ont été le moteur qui a ouvert la voie à l’indépendance de tout le continent africain sous domination coloniale.

La lutte pour l’indépendance de la Guinée a certes été conduite par le feu Ahmed Sékou Touré, mais, ce dernier avec à ses cotes plusieurs cadres. Parlez-nous en.  

C’est pour moi une opportunité majeure de rendre un vibrant hommage et d’exprimer une reconnaissance infinie à ces cadres de l’époque, ces jeunes cadres qui nous ont conduits à cette dignité, sans exclusion.

Retenez une chose : lors des élections de 1957, trois partis majeurs étaient sur le terrain : le PDG-RDA, le BAG de Barry Diawadou, et la Démocratie Socialiste de Barry Ibrahima, dit Barry III. À l’issue de ces élections, sur les 63 conseillers, le PDG-RDA en a obtenu 60, la Démocratie Socialiste 2, et le BAG 1. Le grand mérite de cette période réside dans le fait que le BAG et la Démocratie Socialiste de Barry III se sont autodissous pour former un seul parti : le PRA (Parti du Regroupement Africain). Le PRA n’a pas eu d’autre alternative que d’accompagner le PDG pour préparer la population à voter « Non » à la proposition française du 28 septembre 1958. Personne n’est resté en marge.

Le Fouta a voté à plus de 52 ou 53 % pour le « Non ». Je le souligne parce qu’on pense souvent à tort que le Fouta n’avait pas voté « Non ». Si ! À plus de 50 %, le Fouta a voté « Non ». Quant aux autres régions la Haute-Guinée, la Guinée Forestière et la Basse-Guinée, tout me monde a voté massivement « Non ».

Voilà le contexte du vote qui a conduit à la grande décision du 2 octobre, prise sans aucune pression extérieure. Les dirigeants de cette époque ont compris la nécessité absolue d’aller vers l’indépendance, qui a été proclamée dans ces conditions. Encore une fois, je vous félicite et vous encourage à toujours chercher la vérité, car c’est notre honneur et notre fierté. Nous avons été la locomotive de la libération de l’Afrique au sud du Sahara.

Monsieur le Ministre, aujourd’hui, qu’est-ce qui fait la fierté des Guinéens après 66 ans ?

Nous sommes les seuls à avoir dit « Non » et à avoir pris notre indépendance sans que la France ne nous accompagne. Ceux qui ont obtenu leur indépendance en 1960 l’ont eue par programmation : un haut fonctionnaire français, le directeur de cabinet de la Présidence, présidait la cérémonie, et le leader politique du territoire proclamait l’indépendance après son intervention.

Nous, nous avons voté « Non », nous nous sommes autodissous pour sortir du Conseil territorial de la Guinée française, nous nous sommes constitués en Assemblée nationale pour proclamer notre indépendance, installer notre président et rédiger notre première Constitution grâce à 15 membres illustres de cette nouvelle Assemblée. La France ne peut donc nous regarder qu’avec respect. Même si la douleur a été forte, puisque nous étions la première économie française au sein de l’AOF.

Considérant l’importance du 28 septembre 1958 qui a donné naissance au 2 octobre, qu’avez-vous à transmettre aux Guinéens et à la nouvelle génération ?

Le premier slogan de notre pays pendant cette période de lutte était : « L’union fait la force ». C’est ce que j’illustrais en rappelant la fusion du BAG et de la Démocratie Socialiste pour rejoindre l’effort commun.

Cette jeunesse guinéenne a une chance immense. C’est un retour de cycle : en 1958, Sékou Touré avait 36 ans, Saifoulaye et beaucoup d’autres étaient encore plus jeunes. Ce sont ces jeunes qui nous ont menés à l’indépendance. Lorsqu’ils sont entrés dans la maturité, ils ont apporté de la prospérité. Les plans triennaux et quinquennaux ont posé les bases de notre développement. Jusqu’à 358 unités industrielles ont été implantées sur tout le territoire. L’enseignement était gratuit, et les élèves du secondaire et du supérieur bénéficiaient de l’internat et de bourses (d’une valeur d’environ 2 500 Sylis, sachant qu’1 Syli valait 10 francs CFA).

Puis, en 1984, la France est revenue après 26 ans d’absence avec un esprit de revanche sur le 28 septembre 1958. Les politiques socio-économiques ont été détruites. Au lieu de corriger les dérives constatées dans le développement du pays, la politique de la table rase a été appliquée. Tout a été saccagé, nous ramenant en deçà de notre niveau de 1958.

La jeunesse guinéenne doit oser, avoir confiance en elle. Notre destin est entre nos mains. La jeunesse est le présent et l’avenir de la Guinée. Il lui appartient de prendre conscience de sa responsabilité pour assurer le développement du pays dans l’unité et la paix, sans contrainte extérieure. Nous sommes propriétaires de nos richesses et responsables de notre avenir.

Avez-vous un souvenir particulier de cette période qui vous a marqué ?

Ce qui m’a le plus frappé, c’est que le 2 octobre 1958, toutes les prisons de Conakry et de l’intérieur du pays ont été ouvertes, sans distinction de délit ou de crime. La liberté a été offerte à tout le peuple. Les prisonniers ont été libérés sous le mât où l’on a descendu le drapeau tricolore français pour hisser le drapeau guinéen.

À l’époque, je me trouvais à Kankan. Je me souviens notamment d’un fait lié à un crime entre deux membres de la communauté libanaise. L’un d’eux, Ramez, un jeune propriétaire du premier cinéma de Kankan, avait été assassiné par un membre de sa famille. Ce dernier a été libéré le 2 octobre et a quitté Kankan. J’ai eu la chance de le recroiser à Conakry des décennies plus tard dans un grand hôtel, alors qu’il était âgé. Il est ensuite rentré au Liban. C’est un souvenir marquant de cette journée où la liberté s’est exprimée de manière absolue.

Merci M. le Ministre…

Je vous remercie.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org

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