Si le barrage hydroélectrique de Souapiti est perçu comme une avancée stratégique pour la desserte énergétique de la Guinée et de la sous-région, les communautés riveraines, elles, expriment une détresse grandissante.
Ce jeudi, les habitants du secteur de Tènè Koba (district de Kansa, sous-préfecture de Bangouya) se sont rassemblés pour témoigner de la perte de leurs cultures, du manque d’infrastructures et du retard perçu dans le versement de leurs indemnités.
Sur place, le constat dressé est alarmant. Selon les témoignages recueillis, la montée récente des eaux a de nouveau submergé plusieurs périmètres rizicoles et zones maraîchères de la localité. Une situation qui ravive la douleur des déplacements de populations survenus lors du lancement du mégaprojet, ayant contraint de nombreux citoyens à quitter leurs terres ancestrales et leurs habitations.
Sur les périmètres réduits où les communautés tentent de maintenir une agriculture de subsistance, le désarroi est palpable. Mamata Camara, désignée comme porte-parole des riverains touchés, décrit une précarité devenue intolérable pour son village : « Depuis le lancement de ce barrage, c’est un calvaire quotidien pour nous. Cette zone aujourd’hui submergée était notre espace de travail où nous cultivions du riz, du fonio, du manioc et de l’arachide. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien, tout a été englouti. Et le niveau d’eau que vous voyez là n’est qu’un début ; il risque de remonter jusqu’au village, ce qui nous inquiète. Nous ne savons pas quand l’eau risque de s’infiltrer dans nos concessions, que ce soit de jour comme de nuit. De plus, nous cohabitons désormais dans nos maisons avec des serpents venimeux et d’autres reptiles. Nous craignons sérieusement pour nos vies. »
La porte-parole indique par ailleurs que les indemnités attendues par les villageois pour la compensation de leurs champs, vergers et terres agricoles perdus ne leur sont toujours pas parvenues dans leur intégralité. Selon ses déclarations, c’est cette absence de ressources financières qui pousse les habitants à prendre des risques en continuant de cultiver sur ces zones inondables pour subvenir à leurs besoins vitaux.
Au-delà de la perte des terres arables, les résidents de Tènè Koba mettent en avant un manque drastique d’infrastructures sociales de base, rendant les conditions de vie locales particulièrement éprouvantes.
Face à l’absence constatée d’équipes de la Société de gestion et d’exploitation de Souapiti (SOGES) sur les lieux du sinistre au moment des faits, les citoyens de Bangouya ont choisi de formaliser leur protestation en s’adressant au plus haut sommet de l’État.
« Nous interpellons nos dirigeants, et en particulier le président Mamadi Doumbouya, pour lui rappeler que nous sommes des citoyens en grande souffrance. L’électricité qui alimente Conakry et l’ensemble de la Guinée provient de nos terres sacrifiées. Il faut qu’on pense à nous : la société en charge ne nous a rien versé du tout. C’est pour cette raison que nous continuons à cultiver malgré les risques, afin de ne pas mourir de faim. »
Alors que les eaux continuent de menacer les habitations environnantes, les regards des habitants du district de Kansa restent tournés vers le gouvernement et les instances décisionnelles, dans l’attente de mesures d’urgence ou d’un dialogue pour répondre aux revendications indemnitaires et logistiques exprimées.
Ibrahima Sory Camara
Pour avenirguinee.org



