À N’Zérékoré, la capitale de la Guinée forestière, les mentalités évoluent progressivement. Certains métiers, autrefois perçus comme le domaine exclusif des hommes, attirent désormais de nombreuses jeunes filles. C’est notamment le cas de la vitrerie, un secteur où plusieurs d’entre elles font preuve de courage, de savoir-faire et de détermination. Notre correspondant basé sur place est allé à la rencontre d’Anne Bilivogui, une jeune pionnière résolue à briser les stéréotypes.
De l’échec scolaire à l’épanouissement professionnel
Élève en classe de 10ᵉ année, Anne Bilivogui a vu son parcours scolaire basculer après un échec au Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC) en 2026. Loin de se laisser décourager, elle a saisi cette opportunité pour concrétiser un rêve d’enfance.
« Depuis toute petite, j’aimais ce métier et j’ai toujours eu l’ambition de devenir vitrière en ouvrant mon propre atelier. Après mon échec au brevet, j’ai décidé de me consacrer pleinement à cette voie. C’est ma passion et je continuerai ma formation quoi qu’il arrive », explique-t-elle avec assurance.
Préjugés, précarité et persévérance
Le quotidien d’Anne est pourtant semé d’embûches. Éloignée de ses parents résidant au village, la jeune fille compte sur les revenus de ce métier pour subvenir à ses besoins et soutenir sa famille. À cette charge financière s’ajoutent le manque d’équipements adaptés et le regard parfois moqueur de son entourage.
Au quartier, ses camarades ne comprennent pas toujours son choix, mais Anne reste imperturbable. Son ambition demeure intacte. Face aux limites matérielles et financières qui ralentissent son apprentissage, elle lance un appel aux autorités et aux personnes de bonne volonté pour lui apporter un soutien moral et financier afin d’acquérir son propre outillage.
Un atelier symbole d’autonomisation féminine
Au cœur de cette trajectoire se trouve Maître Théophile Haba, son formateur. Dans son atelier, la féminisation du métier n’est plus une nouveauté, mais une fierté.
« Depuis la création de mon atelier, j’ai toujours formé des jeunes filles et des femmes. Plus d’une dizaine d’entre elles sont passées par ici. Certaines, une fois leur formation achevée, ont réussi à ouvrir leur propre atelier. C’est une grande fierté pour moi », confie le maître vitrier.
Malgré les difficultés quotidiennes et la nécessité d’adapter son encadrement aux réalités de chaque apprentie, Maître Théophile parvient à canaliser l’énergie de ces jeunes femmes avec pédagogie. Convaincu du potentiel de la gent féminine dans ce secteur, il lance un message d’encouragement : il invite les autres jeunes filles à suivre cet exemple d’indépendance et sollicite l’appui des autorités pour accompagner ces apprenties vers l’autonomie.
N’Zérékoré, Alphonse Philippe Traoré pour avenirguinee.org



