À Conakry, les délestages électriques à répétition perturbent lourdement l’activité de nombreux professionnels dont le travail dépend au quotidien de l’énergie de l’EDG.
Dans les ateliers de métallurgie, de soudure et chez les prestataires de services de la capitale, la rareté du courant freine la production, fait exploser les charges d’exploitation et fragilise la relation de confiance avec la clientèle.
Dans son atelier de métallurgie, Oumar Diallo, technicien de profession, ne cache pas son exaspération face à la paralysie répétée de ses équipements. Pour exécuter ses commandes, le travailleur accumule désormais des heures supplémentaires sans garantie de rendement.
« Les coupures incessantes de courant nous fatiguent énormément, cela ralentit nos travaux », déplore-t-il. « Au début, nous travaillions jusqu’à 16 heures, mais actuellement, nous sommes obligés de rester sur place jusqu’à 18 heures. Nous disposons de machines à forte consommation que nos petits moteurs ne peuvent pas alimenter. J’en ai même une, particulièrement exigeante, que le groupe électrogène ne parvient pas du tout à faire tourner. »
Cette instabilité énergétique détériore directement les rapports entre les artisans et leur clientèle. Les retards répétés dans la livraison des ouvrages entraînent régulièrement des tensions, parfois jusqu’à la perte irrémédiable de contrats.
« Certains clients ne comprennent pas la situation », explique Mr Diallo. « Quand vous leur dites qu’il n’y a pas de courant, ils pensent que vous faites preuve de négligence et que vous retardez volontairement le travail. Si notre quartier manque d’électricité alors qu’un autre voisin en a, le client s’imagine qu’on essaie de le tromper et décide de ne plus nous confier de marché. »
Un constat similaire prévaut chez les prestataires de services informatiques et bureautiques. Rencontré dans son local au cours de l’après-midi, M. Fofana exprime toute son amertume face à la dégradation de la desserte.
« En réalité, les coupures impactent tout le monde, mais elles nous touchent beaucoup plus, et cela nous fait mal », confie-t-il. « Cette prestation constitue notre principale source de revenus. Pour évitement la fermeture, nous sommes contraints d’acheter du carburant pour faire tourner le groupe. C’est coûteux, extrêmement coûteux. »
Alors que la Guinée traverse en pleine saison pluvieuse une période traditionnellement propice à une forte production hydraulique, la persistance de ces délestages soulève une question fondamentale : la théorie de l’eau comme moteur de l’énergie nationale peine-t-elle encore à se concrétiser sur le terrain pour sortir Conakry de l’obscurité ?
Sona Sylla pour avenirguinee.org


