Un an après les terribles inondations qui ont frappé la capitale guinéenne dans la nuit du 30 au 31 juillet 2025, les stigmates du drame restent vifs. À Simambossia (commune de Lambanyi), Benjamin Kamano, enseignant, tente de survivre dans le dénuement le plus total. Rencontré ce jeudi 13 août 2026, l’homme porte encore dans sa chair et son esprit le poids d’un cauchemar qui lui a tout arraché : son épouse, ses trois filles et l’ensemble de ses biens.
Le souvenir de cette nuit fatidique du 30 au 31 juillet 2025 reste gravé en lettres de sang dans la mémoire de cet enseignant. Rentré chez lui après un passage à l’hôpital pour un état de fatigue extrême, Benjamin Kamano avait pris un traitement pour trouver le repos.
« Vers 22 heures, comme j’avais pris mes médicaments, nous avons décidé de dormir dans des chambres séparées pour que je ne la dérange pas. À 3 heures du matin, mes enfants m’ont réveillé en criant : « Papa ! L’eau rentre dans la chambre ! » »
Sous l’effet des sédatifs, l’enseignant se lève précipitamment, trouvant un matelas déjà trempé et une maison submergée. Alors qu’il tente de se frayer un chemin vers ses enfants, une armoire s’effondre sous la pression des eaux, le bloquant à l’intérieur.
« L’eau déferlait avec une force inouïe. Je ne faisais que crier, tout comme les enfants. Puis, une seconde vague, encore plus puissante, a poussé l’armoire. Quand j’ai réussi à sortir, le mur s’était déjà effondré sur ma femme, et mes trois enfants avaient été emportés par le courant », raconte-t-il, la voix brisée par l’émotion.
Accroché à une pièce de bois pour éviter la noyade, il parvient finalement à s’extirper des flots. Le bilan est dévastateur : son épouse, leurs deux filles et leur fille adoptive perdent la vie dans la tragédie. Leurs corps seront tous retrouvés par la suite.
Un an plus tard, l’impact psychologique et physique est saisissant. Visiblement affaibli et amaigri, Benjamin Kamano vit aujourd’hui dans une précarité extrême. Sans toit, il erre d’un abri temporaire à un autre.
« En réalité, je ne me retrouve pas. Je n’arrive même plus à dormir. Je passe mes nuits chez les uns et les autres. Actuellement, c’est un jeune du quartier qui m’héberge parce que je n’ai plus de toit. Quand j’y pense, mon esprit refuse d’y croire. C’est trop lourd à porter. »
Au-delà de la douleur morale, pointe le sentiment d’abandon. Si des officiels s’étaient rendus sur les lieux au lendemain du drame pour présenter leurs condoléances, les promesses d’accompagnement sont restées lettre morte.
« J’avais entendu dire qu’un soutien financier avait été débloqué pour les sinistrés, mais jusqu’à présent, je n’ai rien reçu », déplore-t-il. « Aujourd’hui, je n’ai plus de femme, plus d’enfants, plus rien. Je passe mon temps à pleurer et à cogiter. Comment me reconstruire ou me remarier sans aucun moyen ? »
Sur le site du sinistre, il ne reste plus rien. Le terrain est rasé, la maison balayée. Pour cet enseignant qui avait consacré sa vie à bâtir son foyer et investir dans son avenir, le choc de la déchéance sociale est brutal.
« Imaginez-vous : à mon âge, après avoir bâti une vie, fondé une famille et géré des logements, tout a disparu en un instant. Aujourd’hui, je dépends des autres pour manger et dormir. Je ne me serais jamais attendu à une telle fin. »

Face à cette impasse, Benjamin Kamano lance un appel pressant aux autorités guinéennes ainsi qu’aux personnes de bonne volonté pour lui tendre la main et lui permettre d’amorcer, un jour, une lente reconstruction.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org


