À seulement deux mois du coup d’envoi des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2027, et alors que la Guinée vient de rater la précédente édition (CAN 2025 au Maroc), une nouvelle crise majeure frappe de plein fouet la Fédération Guinéenne de Football.
La démission de Mamadou Alpha Hann, membre influent du Comité exécutif de la FEGUIFOOT dirigée par Sory Doumbouya, a provoqué de facto la dissolution de l’organe de décision, conformément aux dispositions de l’article 36, alinéa 9, des statuts de l’institution.
Désormais, la gestion des affaires courantes est confiée au Secrétaire Général, Ibrahima Blasco Barry, dans l’attente de la tenue d’un scrutin visant à élire une nouvelle équipe dirigeante. Interrogé ce mardi, le journaliste sportif David Tchopnn Bangoura a livré son analyse, mêlant déception et lucidité face à ce énième séisme dans le football national.
D’entrée de jeu, David Tchopnn Bangoura n’a pas mâché ses mots sur l’origine de ce dysfonctionnement :
« C’est le résultat direct de tout ce que nous avons vécu lors du processus électoral précédent. C’est le fruit du mauvais travail abattu par le CONOR à l’époque. Tout a été orchestré pour que des personnes incompétentes arrivent aux responsabilités, tandis que les plus qualifiées ont été écartées pour des motifs obscurs. Les conséquences se font sentir aujourd’hui : le football guinéen s’enfonce un peu plus dans le gouffre et ne parvient plus à sortir la tête de l’eau.
Heureusement, cet événement malheureux peut aussi être l’occasion d’un nouveau départ. Ce bureau exécutif était initialement élu pour un mandat de quatre ans ; cela nous aurait valu quatre années de crise ininterrompue. Ils n’auront finalement tenu que deux ans. Au bout de cette période, des membres ont pris leur courage à deux mains, notamment Mamadou Alpha Hann, qui a démissionné en dénonçant un mode de fonctionnement incompatible avec ses valeurs. Cette dissolution nous donne l’opportunité de rectifier le tir, de corriger les erreurs passées et d’offrir une nouvelle chance à notre football en organisant rapidement des élections conformes aux statuts. »
Pour le journaliste sportif, l’explication de cette impasse réside avant tout dans le choix des hommes. Il lance un appel pressant à une prise de conscience collective :
« Arrêtons de favoriser l’accession d’incompétents au pouvoir. La fédération n’est pas une simple entreprise privée, c’est le patrimoine de tout un pays. C’est l’entité chargée de coordonner et de développer l’ensemble des activités footballistiques en Guinée. Je ne vois aucune raison valable pour qu’on y privilégie l’incompétence. Les résultats sont là : notre football recule. Nous avons raté la dernière Coupe d’Afrique des Nations et la prochaine se profile déjà. Dès après le tirage au sort, l’inquiétude s’est emparée des observateurs, tout simplement parce que nous manquons d’organisation.
Quand les compétences ne sont pas aux commandes, on va de crise en crise. Les gens aiment répéter que le football guinéen est indéchiffrable ; c’est faux. C’est simplement parce que nous avons confié les rênes à des personnes qui n’en valaient pas la peine. À titre d’exemple, sans vouloir stigmatiser, la région de la moyenne Guinée a été privée de vote lors du dernier scrutin : les ligues de Labé et de Mamou ont été exclues, ce qui représente tout de même quatre voix. Du côté de N’Zérékoré, les deux élections locales ont été annulées sous prétexte que le vainqueur ne plaisait pas en haut lieu, et le processus a été déporté à Conakry avec seulement deux représentants au lieu de six. À Boké, on a prétendu que l’élection s’était jouée au fair-play. Dans quelle démocratie voit-on cela ? À Conakry, les manigances étaient légion. Toutes ces dérives nous ont conduits droit dans l’impasse actuelle. »
Alors que de nombreux observateurs pointent régulièrement du doigt la responsabilité des membres statutaires dans l’instabilité de l’institution, David Tchopnn Bangoura prend le contre-pied de cette opinion populaire :
« Il faut d’abord saluer le geste courageux de Mamadou Alpha Hann. Il aurait pu se complaire dans le silence avec le reste du comité exécutif et continuer à jouir de ses avantages, mais il a choisi de placer l’intérêt supérieur de la Guinée au-dessus de tout pour repartir sur des bases saines.
Par ailleurs, je m’inscris en faux contre l’affirmation selon laquelle les membres statutaires sont les déclencheurs de ces crises. L’histoire récente nous montre autre chose. La première grande crise de 2015 est survenue six mois seulement après l’élection du bureau de Salif Camara « Super V ». Elle est née d’un conflit d’ego interne au bureau pour les postes de premier et deuxième vice-présidents, parce qu’on a voulu privilégier certains acteurs au détriment d’autres.
La deuxième crise majeure est arrivée tout simplement parce que les statuts de la Fédération Guinéenne de Football n’ont pas été respectés. Le président de l’époque, Mamadou Antonio Souaré, s’est retrouvé inéligible au regard des textes, mais il a tenté de faire un forcing pour se maintenir. Les commissions de recours, peut-être guidées par des intérêts personnels, n’ont pas osé dire la vérité, ce qui nous a conduits tout droit vers la mise en place d’un comité de normalisation.
Enfin, la crise suivante est survenue lorsque Salif Camara « Super V », Madame Sy (présidente du CONOR à l’époque) et le ministre des Sports Lansana Béa Diallo se sont ligués dans le seul but d’écarter certaines têtes d’affiche du processus électoral. »
Le journaliste poursuit son analyse en pointant la responsabilité des instances décisionnelles :
« Une fois de plus, les textes ont été bafoués. Ce ne sont pas les membres statutaires qui ont demandé d’éliminer une liste de candidats à seulement deux jours du scrutin, alors que les statuts imposent un délai minimum de dix jours. Ce ne sont pas non plus les membres statutaires qui ont demandé au ministère des Sports de forcer la main à la FIFA pour maintenir des élections qui auraient dû être purement et simplement reprises depuis le début. Les gens ont la critique facile envers les membres statutaires, mais ces derniers ne font que voter. Ceux qui imposent les règles et influencent les décisions sont la FIFA, la CAF et le ministère de la Jeunesse et des Sports. Ce sont ces entités qui nous ont englués dans cette crise en voulant imposer un bureau sélectif. »
En guise de conclusion, David Tchopnn Bangoura appelle à un retour strict à la légalité et à la neutralité des instances de décision pour sortir définitivement le football guinéen de la tourmente :
« Les membres statutaires n’ont rien à se reprocher. Il faut simplement appliquer les textes, sans rien inventer. Tout a été prévu par le législateur dans les statuts de la Fédération Guinéenne de Football. Le bureau exécutif étant officiellement dissous, la marche à suivre est claire : il faut organiser de nouvelles élections dans un délai de 30 à 60 jours maximum. Les critères d’éligibilité pour les différents candidats y sont déjà détaillés.
Il ne faut rien improviser et surtout éviter de reproduire les erreurs grossières qui nous ont menés là où nous en sommes. Laissons les candidats se défendre sur le terrain de la démocratie. Ce sont tous des Guinéens. Permettons aux acteurs du football de choisir librement leurs dirigeants, sans leur imposer des équipes préfabriquées sous prétexte que la tête de tel ou tel candidat déplaît. Ce n’est clairement pas ainsi que nous ferons progresser notre football. »
Alsény Savané pour avenirguinee.org
625-21-04-05



