Se loger à Conakry est devenu un véritable parcours du combattant pour de nombreux citoyens. Entre l’explosion des prix des loyers et des conditions d’accès jugées drastiques certains bailleurs exigeant parfois jusqu’à trois ans d’avance, la colère gronde. Si l’opinion publique pointe régulièrement du doigt les agences immobilières, ces dernières rejettent la responsabilité sur les propriétaires, qu’elles accusent de dicter leur loi en l’absence de régulation étatique.
Sébastien Bamy, directeur général d’une entreprise immobilière de la place, a tenu à clarifier le rôle des agents lors d’un entretien accordé à notre rédaction vendredi. Pour ce professionnel, le secteur fait l’objet d’une stigmatisation injuste.
« La cherté des loyers ne dépend pas des agents immobiliers. Les propriétaires sont libres de fixer leurs prix. Lorsque nous sommes sollicités pour une mise en location, notre rôle est au contraire de négocier pour ramener les tarifs vers des standards raisonnables », explique-t-il.
Selon lui, nombre de propriétaires imposent des prix totalement déconnectés de la réalité du marché, souvent pour rentabiliser au plus vite leurs investissements dans la construction. « Quand nous tentons de leur expliquer que le prix est trop élevé, certains refusent d’entendre raison et se tournent vers d’autres intermédiaires moins scrupuleux », déplore M. Bamy.
Interrogé sur la mesure gouvernementale limitant théoriquement les avances de loyer à trois mois, le professionnel de l’immobilier reconnaît que le secteur est encore loin du compte, bien que certaines structures formelles fassent des efforts notables pour respecter la loi.
« De notre côté, nous demandons au maximum un à deux mois de loyer comme avance, assortis de deux mois de caution. Nous ne sommes jamais à l’origine de demandes de trois ou quatre ans d’avance. Nous luttons contre cette pratique, mais nous sommes isolés dans ce combat », affirme le directeur général.
Pour Sébastien Bamy, la clé du problème ne se trouve pas entre les mains des agents, mais dépend d’une intervention ferme et structurée de l’État. Il plaide notamment pour une régulation du marché foncier et immobilier basée sur une tarification au mètre carré, zone par zone.
« La souffrance des populations ne vient pas de nous. Le problème de fond, c’est l’absence de régulation des prix du terrain et des matériaux de construction. L’État doit prendre ses responsabilités en fixant des plafonds tarifaires en fonction des quartiers et des communes. Tant que les particuliers auront le monopole total sans cadre légal contraignant, l’inflation persistera », soutient-il avec force.
Face à la défiance grandissante d’une partie de la population, M. Bamy appelle à instaurer un climat de confiance et de collaboration. Il rappelle au passage une réalité souvent oubliée : les agents immobiliers subissent eux aussi la crise.
« Nous sommes aussi des victimes de ce système. La création d’une organisation professionnelle des agents immobiliers vise justement à moraliser le secteur. Nous invitons les citoyens à collaborer avec des professionnels reconnus pour sortir ensemble de cette impasse », conclut-il.
Ibrahima Sory Camara et Sona Sylla pour avenirguinee.org



