MAMOU – Le procès de Mamadou Saliou Diallo, poursuivi pour homicide involontaire et destruction de biens privés à la suite d’un accident de la circulation, s’est ouvert ce mardi 7 juillet 2026 devant le Tribunal de première instance (TPI) de Mamou. Le prévenu répond de faits prévus et punis par les articles 216, 217 et 523 du Code pénal, après le tragique accident survenu à Djarabaka, dans la sous-préfecture de Konkouré, qui a coûté la vie à seize personnes.
Très attendue par les familles des victimes et l’opinion publique, cette première audience s’est déroulée dans une salle bondée. Parents des victimes, proches de l’accusé, autorités religieuses et coutumières, représentants des syndicats de transport, chauffeurs, forces de défense et de sécurité ainsi que de nombreux citoyens ont assisté aux débats, dans une atmosphère empreinte d’une vive émotion.
À la barre, le prévenu, Mamadou Saliou Diallo, âgé de 24 ans, a été interrogé par le président du tribunal, Mamadou Yaya Sow. Il a reconnu être à l’origine de l’accident qui a entraîné la mort de seize personnes, tout en affirmant qu’il ne s’agissait nullement d’un acte volontaire.
Interrogé sur les circonstances du drame, notamment sur sa vitesse au moment des faits, le jeune chauffeur a admis avoir roulé à une vitesse excessive. Revenant ensuite sur les accusations selon lesquelles il aurait pris la fuite après le crash, il a rejeté cette version, soutenant qu’il s’était présenté de lui-même aux autorités compétentes.
Le tribunal s’est également intéressé à son état de vigilance au moment où il conduisait. Invité à dire s’il avait consommé de l’alcool, des boissons énergisantes telles que « Commando », « 24H », « Vandame » ou toute autre substance avant de prendre le volant, le prévenu a répondu, avec une certaine hésitation, qu’il n’avait rien consommé. À la suite de cet interrogatoire, le ministère public a poursuivi les débats en soumettant à son tour une série de questions à l’accusé.
L’un des moments les plus poignants de cette audience est intervenu lors de l’audition des parties civiles. Un père de famille, ayant perdu son frère, l’épouse de celui-ci et leurs quatre enfants dans la catastrophe soit cinq membres de sa famille, s’est avancé à la barre avec une immense émotion. Il a sollicité une indemnisation de trois milliards de francs guinéens (3 000 000 000 GNF) en réparation du lourd préjudice subi.
À l’issue des débats, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 28 juillet 2026. Ce renvoi permettra à la compagnie NSIA Assurances, assureur du véhicule impliqué dans l’accident, de comparaître devant la juridiction dans un délai de vingt jours.
Présent à l’audience, le président des ressortissants de Labé à Mamou, le Dr Abdourahamane Tata Diallo, s’est réjoui de l’ouverture du procès tout en insistant sur la nécessité de laisser la justice suivre son cours : « Je ne dirais pas que c’est un sentiment de joie, mais je témoigne, effectivement, de l’ouverture du procès. C’est ce qui est très important. Et c’est ce que nous devons faire : nous ne représentons pas directement les victimes, mais nous témoignons de l’ouverture du procès. Ce qui s’est passé aujourd’hui nous satisfait et nous donne de l’espoir que ça va se passer dans de très bonnes conditions. À l’endroit du tribunal, c’est de jouer son rôle. C’est nous qui avons édité les lois et les textes, il faut les appliquer. À l’endroit des conducteurs, c’est la prudence. Mais au jour d’aujourd’hui, ce qui se passe sur nos voies routières laisse à désirer. Il y a un mauvais comportement des conducteurs, parce que 80 % des accidents sont dus à leur indiscipline. Donc, je demanderais à tout conducteur d’être prudent, d’abord pour sa propre vie, et pour les autres. Quand on perd une vie, c’est de trop, à plus forte raison ce drame de 16 personnes. Je demanderais donc à chacun, en ce qui le concerne, de jouer sa partition. »
Poursuivant son intervention, il a appelé à une application rigoureuse de la loi, à une meilleure implication des syndicats de transport et à un renforcement drastique des conditions de délivrance des permis de conduire : « La loi, on l’applique. Les conducteurs n’ont qu’à être prudents. Et le syndicat n’a qu’à jouer son rôle, parce que c’est extrêmement important. Évidemment, ils ne sont pas responsables à 100 %, parce que quand le véhicule quitte la gare routière, ils ne sont plus responsables. Mais on peut continuer à éduquer et à exiger. Lorsque nous étions tout petits, on entendait dire que pour avoir un permis, il y avait un examen à faire. Au jour d’aujourd’hui, tu peux rester dans ta chambre et avoir ton permis. Il faut donc revoir un peu l’octroi des permis, c’est extrêmement important. Perdre 16 personnes, c’est de trop. »
Le secrétaire général des Transports et de la Mécanique générale de la CNTG, Mamadou Dian Barry, a lui aussi reconnu la responsabilité du chauffeur, tout en rappelant les efforts de sensibilisation régulièrement menés auprès des conducteurs : « Vraiment, dans ce procès, notre chauffeur est fautif, nous l’avons vu. Mais ce que le président du tribunal a dit pour conseiller les chauffeurs, nous le faisons chaque jour, chaque semaine. Mais vous savez, c’est comme vos propres enfants : vous les conseillez, mais arrivés en ville, vous ne savez pas ce qu’ils vont faire. Tout ce qui a été dit ici est vrai. Parfois, vous conseillez le chauffeur de rouler doucement, et il vous répond : « Ici, c’est toi qui m’as appris à conduire ? ». Vraiment, nous allons encore augmenter la sensibilisation, même si nous le faisons déjà chaque semaine. »
Pour rappel, le drame de Djarabaka s’est produit le lundi 29 juin 2026 dans la sous-préfecture de Konkouré (Mamou). L’accident avait fait seize morts et plusieurs blessés, plongeant la région dans une profonde consternation. Les victimes avaient été inhumées le même jour au cimetière du quartier Poudrière, dans la commune urbaine de Mamou.
Cette première audience marque une étape cruciale dans la quête de vérité et de justice. Le rendez-vous est désormais fixé au 28 juillet prochain, une audience décisive au cours de laquelle la comparution de l’assureur permettra au tribunal d’examiner les modalités liées à l’indemnisation des familles et de leurs ayants droit.
De Mamou, Ibrahima Kindia Soumah pour avenirguinee.org



