Ce samedi 4 juillet 2026 marque le 41ème anniversaire de la tentative de coup d’État manquée dans la nuit du 4 au 5 juillet 1985 contre le feu Général Lansana Conté, un putsch alors orchestré par le Colonel Diarra Traoré. Cet événement historique, qui a conduit à l’arrestation de plusieurs dignitaires, continue d’affecter profondément les victimes et leurs familles.
Dans la matinée de ce samedi, la rédaction d’avenirguinee.org est allée à la rencontre d’Ibrahima Sory Dioumessy, président de l’Association des Victimes de la Répression (AVR). L’ancien magistrat est revenu en détail sur cette période sombre qui a mené à son arrestation.
Rencontré au siège de l’AVR, installé dans une chaise en tissu, cet octogénaire au ton digne raconte cette journée qui lui a valu trois longues années de privation de liberté.
« C’est le jour du 4 juillet que les Guinéens ont dans la tête, mais les arrestations ont commencé deux jours avant. Deux personnes ont été arrêtées dont Mamadi Condé, commandant des anti-gangs, et Fodé Sangaré, commandant du Camp Kwame Nkrumah. Moi, j’ai été interrogé le 3 et arrêté le 5. Ils m’ont conduit au camp Alpha Yaya Diallo ce jour. Arrivé, j’ai dû attendre jusqu’à 17h parce qu’ils m’ont dit qu’ils étaient en réunion et, par la suite, ils m’ont mis dans la cellule. Dans les 32 escaliers, nous avons fait 7 jours sans boire ni manger, c’est le septième jour qu’on nous a servi un petit café », se remémore l’ancien magistrat, la voix empreinte d’émotion.
Interrogé sur le nombre exact de détenus liés à ces événements, l’ancien haut fonctionnaire évoque plus d’une centaine de personnes : « Nous étions au nombre de 175 et, parmi nous, 77 anciens dignitaires ont été conduits à Kindia », précise-t-il.
Évoquant les circonstances de leur libération, M. Dioumessy explique qu’une lettre stratégique envoyée aux États-Unis a fait basculer la situation en leur faveur.
« Dans la prison, nous avons écrit aux associations de droits de l’homme pour défendre notre cause, et ces documents nous ont permis d’avoir des circonstances atténuantes en prison. Et après tout ce temps passé en prison, le Président Lansana Conté devait se rendre aux USA. Nous avons écrit, à travers nos (…) qui sont aux États-Unis, de ne pas recevoir le gouvernement guinéen tant que les détenus politiques étaient en prison. Et cela a valu la libération de la moitié dont je faisais partie, c’était en septembre 1988 », affirme-t-il.
Plusieurs décennies après les faits, le président de l’AVR continue de mener le combat de sa vie : celui de la justice et de la réparation pour toutes les victimes.
« Aujourd’hui, une loi organique a été votée par le CNT et promulguée par le Président de la République. Donc, nous attendons la mise en place de la commission nationale pour l’instruction civique et les droits de l’homme afin que les victimes se présentent face à elle pour être rétablies dans leur cause », espère-t-il.
Pour rappel, la tentative de coup d’État de juillet 1985 s’était produite alors que l’ancien chef de l’État, le Général Lansana Conté, se trouvait à Lomé (Togo) pour prendre part à un sommet de l’ONU.
Sona Sylla pour avenirguinee.org



