Depuis près d’un an, l’unique train urbain de la capitale, le ConakryExpress, est à l’arrêt. Une paralysie prolongée qui plonge les usagers dans d’immenses difficultés économiques et logistiques, notamment pour rallier Kaloum depuis Kagbelen. Face aux critiques des citoyens et aux plaintes des employés, la Directrice Générale de la Société Nationale des Chemins de Fer de Guinée (SNCFG), Mme Rose Kasso Tinguiano, a accordé ce mardi 23 juin 2026 une interview exclusive à notre rédaction pour faire le point sur la situation et annoncer un redémarrage imminent.
Le calvaire quotidien des passagers et les accusations internes
Avec un tarif social très abordable fixé à 500 FG par tronçon, le Conakry-Express transportait plus de 4 000 passagers par jour. Son immobilisation a considérablement renchéri le coût de la mobilité urbaine.
« Aujourd’hui, ce que je dépense par mois pour quitter Kagbelen pour Conakry dépasse mon salaire. Je prenais ce train matin et soir. Le transport était facile et économique pour moi, mais actuellement, c’est devenu intenable », confie un fonctionnaire en service à Kaloum.
En interne, des voix s’élèvent sous anonymat pour dénoncer une gestion défaillante : « Le train est en panne depuis près d’un an à cause d’un simple problème de pièces de rechange. Depuis le départ des techniciens chinois, la direction n’envoie pas les pièces demandées par les techniciens. De plus, nous sommes confrontés à des retards de salaires ; même le mois de mai dernier n’est toujours pas payé. L’État a sa part de responsabilité dans cet arrêt. »

Vétusté et pièces introuvables : Les explications techniques de la DG
Interrogée sur ces accusations, la Directrice Générale de la SNCFG, Mme Rose Kasso Tinguiano, a tenu à clarifier les raisons techniques de cette longue panne : « Conakry Express incarne la volonté de l’État d’assister la population dans sa mobilité à un coût accessible. Cependant, ce train fonctionne depuis 2010 et souffre aujourd’hui d’une usure courante. Une catégorie de pièces à bord ne peut plus être réparée, elles sont complètement vétustes et amorties. »
Mme Tinguiano souligne également la complexité logistique liée à l’origine du matériel : « C’est un engin d’origine chinoise et ses composants ne se trouvent pas sur le marché local. Il a fallu passer commande directement auprès de l’usine en Chine, ce qui a pris du temps. De plus, depuis son lancement, le train est entretenu à ciel ouvert car nous ne disposons pas d’un atelier de maintenance adéquat. Nos techniciens doivent s’arranger sous les caisses ou solliciter des partenaires pour accéder à leurs installations. »
Elle assure néanmoins que le ministère des Transports et le département des Finances se sont mobilisés pour le budget : « Les dispositions sont prises pour la commande des pièces, le train est planifié pour un entretien très sérieux et le Conakry Express va bientôt reprendre de plus belle. »
Redéploiement du personnel et crise financière : La réalité des salaires
Concernant la situation précaire des cheminots et les arriérés de salaire évoqués par nos sources, la directrice générale apporte des précisions importantes sur le fonctionnement actuel de la société :
« La SNCFG n’a pas pour seule mission de faire fonctionner le ConakryExpress. Le personnel du département d’exploitation a été entièrement redéployé le long de la ligne Conakry–Kankan pour sécuriser les gares, sauvegarder les domaines et recenser le patrimoine de la société. »
Pour ce qui est des retards de paiement, Mme Rose Kasso Tinguiano invoque des difficultés de trésorerie majeures : « Pour cet exercice 2026, la société a fonctionné quasi exclusivement sur la base de ses recettes locatives, qui sont très difficiles à percevoir. Privée des recettes de billetterie du train et en attente de la subvention d’équilibre de l’État, la société ne peut pas assurer seule toute sa fonctionnalité. C’est ce qui justifie le retard des salaires. C’est pénible, mais nous communiquons et nous travaillons en équipe pour traverser cette crise qui prendra bientôt fin. »
Un appel au civisme et à la responsabilité des citoyens
En conclusion, la Directrice Générale lance un appel pressant aux populations afin de préserver ce bien public une fois qu’il sera remis en circulation :
« Sans mouvement, on ne peut pas prétendre être utile, et cet engin facilite le déplacement des citoyens dans un minimum de confort en préservant leur économie. Je demande humblement à la population de patienter. Mais je prie aussi les parents de dire à leurs enfants de cesser de lapider et de caillasser le train. J’exige aussi une attitude responsable à bord : respectez les règles de sécurité et achetez régulièrement vos tickets de 500, 1 000 ou 1 500 FG. En payant votre titre de transport, vous contribuez directement à assurer la pérennité du service. »
Le retour sur les rails du Conakry Express est donc annoncé comme imminent, un soulagement très attendu par des milliers de banlieusards.
A suivre…
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
621 26 99 81



