Les élections législatives du 31 mai dernier ont livré leur verdict. Les 147 députés appelés à siéger au sein de la future Assemblée nationale sont désormais pratiquement connus. Alors que les résultats redessinent la carte politique, une autre question cruciale anime déjà les états-majors et les salons feutrés de la capitale : qui prendra les commandes du Parlement ?
Si le scrutin a permis de désigner les représentants de la nation, l’élection du président de l’institution reste à venir. Ce choix, qui appartient exclusivement aux députés, constituera le premier grand test politique de la nouvelle législature.
Au-delà de sa portée symbolique, la fonction de président de l’Assemblée nationale revêt une importance stratégique majeure. Chargé de diriger les débats, de garantir le respect des procédures constitutionnelles et de représenter le pouvoir législatif, le titulaire du perchoir occupe une place centrale dans l’équilibre des pouvoirs. L’exercice d’une telle responsabilité exige une solide expérience politique, une connaissance fine des rouages de l’État et une réelle capacité à bâtir des consensus.
À mesure que les contours de la nouvelle configuration parlementaire se précisent, plusieurs figures de proue se détachent comme des candidats sérieux au perchoir.
Dansa Kourouma : L’atout de la continuité institutionnelle
Parmi les noms les plus cités figure, sans surprise, celui du Dr Dansa Kourouma. Élu député à l’issue de ce scrutin, l’ancien président du Conseil national de la transition (CNT) dispose d’un avantage comparatif majeur : une expérience directe et récente de la conduite d’un organe législatif.
Durant la période d’exception, il a piloté les travaux du CNT, supervisé l’examen de textes fondamentaux et accompagné les grandes réformes institutionnelles. Cette stature de législateur chevronné le place naturellement au centre des spéculations.
Le leadership au féminin : Les ambitions légitimes de Makalé Camara et Makalé Traoré
Le débat ne se limite toutefois pas aux figures masculines. L’évolution de la scène politique guinéenne consacre de plus en plus l’émergence de femmes dont les trajectoires forcent le respect et légitiment les ambitions au sommet de l’État.
Parmi elles, Makalé Camara et Makalé Traoré font figure de pionnières. Toutes deux comptent parmi les personnalités féminines les plus expérimentées du paysage politique national. Leurs parcours gouvernementaux respectifs, couplés à une présence de longue date dans l’arène publique, leur confèrent une crédibilité incontestable dans la course au perchoir.
Charlotte Daffé : La carte de la technocratie et du renouveau
Une autre élue focalise l’attention des observateurs : Charlotte Daffé. Son profil présente la particularité d’associer des expériences sectorielles complémentaires. Avant son immersion dans la haute administration publique, elle a mené une riche carrière dans le secteur privé, où elle a exercé des fonctions stratégiques liées à la gouvernance, au contrôle interne et à la gestion administrative.
Son passage remarqué au gouvernement d’abord au ministère de la Pêche et de l’Économie maritime, puis à celui de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables lui a permis de maîtriser les mécanismes de l’action publique. Fraîchement élue députée, son nom revient avec insistance comme une alternative sérieuse et moderne pour la présidence de la chambre.
Toutefois, la conquête du perchoir ne se jouera pas uniquement sur le CV. Le facteur décisif demeure le rapport de force politique réel au sein de l’hémicycle. Le président de l’Assemblée nationale étant élu par ses pairs, sa victoire résultera de sa capacité à fédérer une majorité absolue de députés autour de son nom. Les tractations qui s’ouvriront très prochainement entre les différents blocs et les alliances de circonstance pèseront lourdement dans le choix final.
Une chose est néanmoins certaine : la future Assemblée nationale reflète une diversité de profils rarement observée dans l’histoire parlementaire récente du pays. L’époque où une poignée de figures masculines monopolisaient l’accès aux grandes fonctions institutionnelles semble s’effacer au profit d’un paysage plus ouvert, où compétences, expérience et représentativité de genre se conjuguent au présent.
Dans cette course de fond, les cartes sont distribuées. Reste à savoir qui saura manœuvrer avec assez d’habileté pour rassembler la majorité nécessaire et s’installer au perchoir.
Par Alseny Diallo, observateur politique



