Au lendemain du triple scrutin historique en République de Guinée, le Réseau Ouest-africain pour l’Édification de la Paix (WANEP-Guinée) a présenté son rapport préliminaire d’observation électorale. Réunis au sein de leur « Chambre de décision », les observateurs dressent un bilan globalement satisfaisant des opérations de vote sur l’ensemble du territoire national. Toutefois, le document met en lumière des dysfonctionnements logistiques notables, des manquements à la neutralité administrative et des cas avérés de corruption localisés dans certaines préfectures de l’intérieur du pays.
Un dispositif d’observation innovant axé sur la violence électorale
Pour ce rendez-vous électoral majeur, WANEP-Guinée a déployé une méthodologie qui se distingue des missions classiques. Grâce à une stratégie de coordination en temps réel, la structure a mobilisé 600 observateurs pour couvrir 4 200 bureaux de vote ciblés dans 300 des 375 communes du pays, en fonction de leur poids électoral et des risques potentiels de tensions.
Au terme de la journée, ce sont finalement 586 agents qui ont réussi à couvrir efficacement 3 637 bureaux de vote répartis dans 294 communes à travers les huit (8) régions administratives de la Guinée.
« À travers les 2 331 rapports remontés par nos équipes, il ressort que les files d’attente étaient constituées de 47 % de femmes et de 40 % de jeunes visiblement âgés de moins de 35 ans », a déclaré Fatou Ann Souaré au nom de la Chambre de décision.
Elle a également souligné que 95 % des données recueillies indiquaient une forte présence des forces de sécurité dans les centres de vote, garantissant un climat serein : « Les opérations de vote se sont globalement bien déroulées malgré quelques incidents. Il n’y a pratiquement pas eu de violence dans les bureaux de vote suivis. Les données recueillies indiquent que les procédures prévues par la loi ont été globalement respectées, de l’ouverture au dépouillement ».
Ouverture des bureaux : Rigueur et conformité malgré quelques retards
L’analyse des données consolidées montre une forte conformité avec l’article 78 du Code électoral guinéen dès les premières heures de la matinée, malgré quelques couacs opérationnels :
- Présence des membres : 93 % des bureaux de vote affichaient complet (les 5 membres présents) à l’ouverture.
- Inclusivité : 77 % des bureaux comptaient des femmes parmi leurs membres.
- Respect des procédures : Un taux de 97 % de conformité globale au Code électoral a été enregistré, s’élevant à 99 % pour la vérification de l’urne (vide et scellée).
- Ponctualité et logistique : Si 74 % des bureaux ont ouvert à l’heure exacte (7h00), 26 % ont accusé un retard. Le matériel électoral était totalement disponible dans 85 % des cas, et le secret du vote garanti à 99 %.
Siguiri, Pita, Mali : Des retards majeurs et des incidents signalés
Le rapport de WANEP-Guinée tempère néanmoins ce tableau positif en signalant qu’à 9h20, 29 % des bureaux observés à cette heure (soit 169 sur 581) n’étaient toujours pas ouverts. Les retards les plus critiques ont été enregistrés dans la préfecture de Siguiri, notamment à Tomba Kanssa, où deux bureaux n’ont ouvert leurs portes qu’entre 17h35 et 17h45 (le BV N°1 de la place publique de Tombadoula et le BV N°1 de la Mairie Centre).
Plus grave encore, la mission d’observation a documenté quatre (4) cas avérés de pressions sur les électeurs et d’actes de corruption, localisés exclusivement dans la préfecture de Siguiri (au BV 5 de Bendougou, au BV N°1 de Tomba Doula et au BV N°1 de Bourenfè).
Au Bureau de vote N°1 de Franwalia (Siguiri), la Chambre de décision dénonce une délocalisation du bureau chez le président de district, un assesseur surpris en train de donner des consignes de vote, et l’interdiction d’accès signifiée à des délégués. À Pita (Mairie Sangaréah, BV N°1), une activité de campagne électorale clandestine a été constatée en faveur d’un candidat de l’UPR. Enfin, à Madina Salambandé (préfecture de Mali), un jeune homme a été arrêté sur instruction du sous-préfet pour ingérence avant d’être libéré après médiation des sages.
Clôture et dépouillement : Des ruptures de fiches à Labé
En fin de journée, 16 % des bureaux observés n’ont pas respecté l’heure légale de fermeture. Malgré ces décalages, les opérations de dépouillement ont été immédiates, publiques, ininterrompues et pacifiques dans 98 % des cas suivis.
Cependant, WANEP pointe du doigt une anomalie logistique : 6,2 % des bureaux ont connu une rupture de documents essentiels (procès-verbaux, feuilles de dépouillement, fiches de résultats), une pénurie particulièrement marquée dans la région de Labé.
Enquêtes judiciaires et réformes : Les recommandations fortes de WANEP
Dans son rapport complet de dix pages, le réseau panafricain interpelle directement les autorités guinéennes et formule des recommandations strictes.
Au gouvernement guinéen :
- Ouvrir sans délai des enquêtes judiciaires sur les cas avérés de corruption et de pression électorale documentés à Siguiri.
- Veiller au respect strict de la neutralité des autorités administratives locales (notamment les sous-préfets).
- Garantir l’accessibilité du vote aux personnes vulnérables via des dispositifs adaptés (systèmes braille, pochettes tactiles).
À la Direction Générale des Élections (DGE) :
- Procéder à une vérification croisée des résultats dans les bureaux où les procès-verbaux n’ont pas fait l’objet d’un affichage public.
- Renforcer la chaîne logistique et accélérer la digitalisation du suivi des opérations électorales pour sécuriser la traçabilité et réduire les délais de remontée des données.
Fodé Camara pour avenirguinee.org



