C’est une triste nouvelle qui a frappé la Guinée hier, lundi 1er juin, et plus particulièrement la presse guinéenne. Le doyen Thierno Souleymane Diallo, fondateur du groupe de presse Le Lynx / La Lance, est décédé au Canada. Depuis l’annonce de sa disparition, les témoignages et les hommages se multiplient pour saluer la mémoire de l’homme.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce mardi 2 juin, Moussa Iboun Conté, ancien journaliste, collaborateur du défunt et ex-président de l’AGEPI (Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante), a accepté de témoigner sur celui avec qui il a longtemps collaboré : « Nous nous inclinons devant la mémoire de notre aîné, Souleymane Diallo, fondateur du groupe de presse Lynx-Lance. Je suis très affligé par son décès, parce que j’ai passé plus de dix ans avec Souleymane en étant son voisin direct. Il faut rappeler que je suis arrivé à l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante en tant que chargé de communication. Depuis lors, Souleymane et moi ne nous sommes plus quittés. Et quand je suis devenu secrétaire général, j’étais avec Diallo, alors vice-président de l’AGEPI. Ensuite, lorsque je suis devenu président de l’AGEPI le 17 septembre 2015, Diallo Souleymane était encore avec moi. Donc, franchement, c’est une perte dure pour moi. C’est un vide incommensurable que la mort de Diallo Souleymane vient de créer. Et je voudrais parler au nom de ceux qui étaient avec moi. C’est quelqu’un qui ne gardait pas de rancune. À un moment donné, j’ai été frustré par son comportement à cause de la crise qui a eu lieu à l’AGEPI. Il ne savait pas, franchement, garder de distance avec ses amis. Il ne savait pas garder de rancune, il savait s’excuser », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Au-delà de ça, c’est un rempart pour la liberté de la presse. Souleymane était prêt, même au péril de sa vie, à défendre la liberté de la presse. Il ne connaissait pas de limite quand il essayait de défendre les journalistes et la liberté de la presse. C’est une perte, franchement je dirais colossale, pour la presse guinéenne. Je voudrais profiter de votre micro pour demander à la famille de la presse nationale qu’on organise un symposium pour honorer le doyen Thierno Souleymane Diallo. Il le mérite. Et qu’on trouve un moyen pour que le président de la République puisse au moins, même à titre posthume, lui décerner l’Ordre National du Mérite (le cheval d’or du mérite) et la médaille d’honneur du travail. »
Enfin, Moussa Iboun Conté a lancé un message fort pour appeler à poursuivre l’héritage du défunt : « Il faut surtout qu’on refuse que le journal papier disparaisse. Je crois que chacun de nous a intérêt aujourd’hui à ce que le journal papier survive. En le faisant, je crois qu’on rendrait un grand service à Diallo Souleymane. Ça a été son combat. Il n’a jamais voulu abandonner La Lance. Il a continué à porter le front, il a continué même en réduisant le tirage, mais La Lance est restée là. Donc, il ne faudrait pas que l’héritage qu’il a légué à travers le journal La Lance disparaisse. Il est du devoir de chacun de nous, de chacun de nos confrères, qu’on fasse en sorte que les pouvoirs publics, au moins, puissent aller dans le cadre de la promotion du journal papier. Parce que nous constatons que dans notre pays, le journal papier est en difficulté. Il faudrait donc qu’on se batte pour que la Convention de Florence, qui a été ratifiée par l’État guinéen, soit complètement mise en œuvre concernant la détaxe des intrants liés à la fabrication du journal. Il faut forcément qu’il y ait des facilités, qu’on accorde une sorte de subvention exceptionnelle au journal papier, comme cela se fait dans d’autres pays, pour soutenir les acteurs de ce secteur. Je crois qu’en le faisant, on honorera la mémoire de Souleymane. De là où il est, il nous en serait reconnaissant. Ce serait une reconnaissance éternelle pour ceux qui l’auront fait », a-t-il confié.
Ibrahima Sory Camara et Sona Sylla pour avenirguinee.org
621269981



