La tenue des élections législatives et communales constitue une étape fondamentale dans la consolidation de l’État de droit, du pluralisme démocratique et de la légitimité des institutions républicaines. Ces consultations électorales ne sauraient être réduites à une simple formalité administrative ; elles engagent l’avenir institutionnel, politique et social de la Nation tout entière.
C’est précisément en raison de leur importance capitale qu’elles doivent être organisées dans des conditions optimales garantissant une participation massive, inclusive et sereine des citoyens guinéens.
Or, la date actuellement retenue du 31 mai 2026 intervient dans un contexte socioreligieux particulièrement sensible. En effet, elle coïncide pratiquement avec la célébration de la fête de la Tabaski, prévue autour du 27 mai 2026, l’une des fêtes les plus sacrées et les plus mobilisatrices pour les populations musulmanes, lesquelles représentent plus de 95 % de la population guinéenne.
En Guinée, la Tabaski ne se limite pas à une célébration religieuse ponctuelle. Elle constitue également un moment de rassemblement familial, communautaire et culturel profondément enraciné dans les habitudes sociales. Chaque année, des milliers de citoyens quittent les grands centres urbains — notamment Conakry, Kankan, Kindia, Labé ou N’Zérékoré — pour rejoindre leurs localités d’origine et passer la fête auprès de leurs familles dans les villages et préfectures de l’intérieur du pays.
Cette mobilité massive des populations entraîne inévitablement des contraintes logistiques, économiques et temporelles importantes. Dans la pratique sociale guinéenne, de nombreux citoyens ne regagnent les centres urbains qu’une semaine, voire davantage, après la célébration. Dès lors, maintenir les élections seulement quelques jours après la Tabaski expose le processus électoral à plusieurs risques majeurs :
* une abstention particulièrement élevée ;
* une faible mobilisation des électeurs inscrits dans les centres urbains ;
* des difficultés de déplacement et d’organisation pour les citoyens ;
* une participation inégale selon les régions ;
* et surtout, une remise en cause de la représentativité politique des résultats issus du scrutin.
Pour des élections aussi décisives, la priorité doit demeurer la recherche d’une légitimité populaire forte et incontestable. Une démocratie solide se mesure non seulement à la tenue des élections, mais également au niveau de participation citoyenne qu’elles suscitent.
Le report du scrutin d’une ou deux semaines ne constituerait ni un recul démocratique ni une entrave au calendrier institutionnel. Bien au contraire, une telle mesure traduirait une volonté d’adaptation pragmatique aux réalités sociologiques et culturelles du pays. Elle démontrerait également l’engagement des autorités à garantir des élections inclusives, apaisées et crédibles.
Un léger réaménagement du calendrier électoral permettrait :
* d’assurer une meilleure mobilisation des électeurs ;
* de renforcer la légitimité des futurs élus ;
* de prévenir une abstention massive ;
* d’éviter que des considérations logistiques liées à la Tabaski privent des millions de citoyens de leur droit de vote ;
* et de consolider davantage la confiance entre les institutions électorales et les populations.
Dans l’intérêt supérieur de la Nation, de la démocratie et de la paix sociale, il apparaît donc opportun, raisonnable et politiquement judicieux d’envisager un report consensuel des élections législatives et communales prévues le 31 mai 2026, afin de permettre au peuple guinéen de participer pleinement et massivement à ce rendez-vous historique de la vie démocratique nationale. Dans le cas contraire, préparons nous à une abstention record.
Mamoudou Nagnalen DIAKITÉ
Citoyen concerné, Juriste consultant



