Du 12 au 17 mai 2026, le Ghana accueille les 24es Championnats d’Afrique d’athlétisme. Si les installations de l’Université du Ghana sont prêtes à recevoir l’élite du continent, la Guinée brille déjà par une absence de taille : celle de Fatoumata Balley. Classée 21e mondiale, la sauteuse en hauteur a dû renoncer à la compétition, faute de billet d’avion.
Sous le choc, l’athlète guinéenne a pris la parole pour annoncer cette nouvelle, alors qu’elle partait favorite pour le titre continental. Jointe par notre rédaction depuis la France, Fatoumata Balley est revenue sur cette décision douloureuse, prise à seulement quelques heures de son entrée en lice.
« On m’enlève la possibilité de faire briller le drapeau »
C’est avec une émotion palpable que Fatoumata Balley a décrit son état d’esprit actuel : « Je suis dans un état de déception et de tristesse. J’ai toujours souhaité représenter la Guinée avec tout mon cœur. Ces événements sont des occasions uniques de faire briller notre drapeau, et on m’enlève cette possibilité. Tout simplement, je n’ai pas reçu mon billet à temps. »
L’athlète précise que les contraintes climatiques rendaient son arrivée tardive impossible : « Ma compétition a lieu ce jeudi. J’avais précisé qu’il fallait que j’arrive au Ghana au plus tard hier pour récupérer du voyage et m’acclimater. En France, il fait 15^\circ\text{C} et il pleut, alors qu’à Accra, il fait 31^\circ\text{C}. Mon corps n’est pas habitué. Je voulais éviter la blessure en début de saison estivale. Malheureusement, je n’ai eu aucune nouvelle. Face au silence total, j’ai décidé de renoncer pour me préserver. »
L’amertume est d’autant plus forte que les chances de titre étaient réelles.
« Pratiquement, j’avais la médaille d’or entre les mains », confie-t-elle. « Mes deux principales concurrentes (du Ghana et du Nigeria) sont absentes car elles étudient aux États-Unis. La Guinée aurait pu être championne d’Afrique, un exploit rare. De plus, une victoire m’aurait qualifiée d’office pour la Coupe Continentale en septembre. Je passe à côté de tout cela, c’est vraiment dur. Mon objectif était de gagner et de porter le record de Guinée à 1,93 m ou 1,94 m. »
Fatoumata Balley ne cache pas son incompréhension face aux problèmes organisationnels chroniques : « Je ne comprends pas pourquoi l’organisation est toujours si compliquée. Parfois, je reçois mon billet le jour même du départ. Aujourd’hui, je ne suis pas la seule : l’athlète Saran Kouyaté a aussi dû déclarer forfait pour les épreuves de 100 m et 200 m pour les mêmes raisons. La Guinée se tire une balle dans le pied. Beaucoup d’athlètes binationaux aimeraient nous rejoindre, mais quand ils voient de telles situations, ils hésitent. »
Interrogée sur le rôle du Comité Olympique, l’athlète nuance : « Je suis en contact régulier avec le président. Il a réussi à m’obtenir une bourse olympique, ce qui a été un vrai soulagement. Pour ces championnats, ce sont les fédérations qui sont nos interlocutrices directes, pas le Comité Olympique. Je ne lui jette pas la pierre. »
Malgré cette épreuve, Fatoumata Balley refuse d’abandonner ses couleurs nationales : « J’ai choisi la Guinée par conviction et par valeurs. Je préfère ne représenter qu’un seul pays, celui où je suis née, plutôt que de hisser un drapeau qui ne me tient pas à cœur. Je ne vais pas associer tout un peuple aux erreurs d’organisation de certaines institutions sportives. Je sais que les Guinéens me soutiennent. Je continuerai à me battre pour ce pays avec mes armes, aussi modestes soient-elles. »
Alsény Savané pour avenirguinee.org
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