C’est un cri de détresse qui s’élève du quartier Nongo, précisément en face du stade Petit Sory. Depuis près de deux mois, les habitants vivent dans une peur constante. Des fissures béantes apparaissent sur les murs des habitations, les routes s’affaissent et les forages s’assèchent, laissant planer le spectre d’une catastrophe imminente.
Le paysage urbain de cette zone résidentielle change à vue d’œil. Entre villas fissurées, murs de clôture effondrés et routes dont le niveau a visiblement baissé, les dégâts matériels sont déjà considérables. Si certains évoquent un phénomène géologique naturel, d’autres pointent du doigt une dimension mystique liée au passé de ce lieu.
Pour de nombreux riverains, l’explication dépasse le cadre purement technique. Selon les témoignages recueillis ce jeudi 30 avril, la zone était autrefois un sanctuaire pour la communauté Baga.
Aboubacar Diallo, un habitant de longue date, se souvient : « Vers 1990, c’était la brousse ici. Je voyais les Bagas venir régulièrement faire des sacrifices et invoquer Dieu sur ce site. C’était un lieu mythique et sacré, pas un endroit destiné à l’habitation. Avant de construire ce stade, la société Guicopres aurait dû procéder à des sacrifices rituels. Nous vivons ici depuis longtemps et nous n’avons jamais vu de fissures avant le début de ces travaux. »
Il rejette également l’hypothèse d’une surexploitation de la nappe phréatique : « Certains disent que c’est à cause des forages, mais il y en a toujours eu ici sans problème. Le fond du sujet est ailleurs. »
L’inquiétude est palpable chez les familles, dont certaines ont déjà vu leurs maisons devenir inhabitables. Le sommeil a quitté le quartier, les habitants craignant un effondrement soudain durant la nuit.
Binta Dia, une citoyenne impactée, témoigne de son calvaire : « Cela fait deux mois que ça dure. Nous avons acheté du ciment pour réparer notre mur, mais les fissures reviennent et s’agrandissent. À côté de chez nous, une maison est déjà complètement détruite et abandonnée. La nuit, nous ne dormons plus. Nous restons en surveillance jusqu’au matin car nous ignorons quand tout cela va s’écrouler. »
Face à l’ampleur du phénomène et à l’absence de solutions locales, les sinistrés se tournent vers les plus hautes autorités du pays. L’urgence n’est plus seulement matérielle, elle est vitale.
« Nous lançons un appel au Président Mamadi Doumbouya. Qu’il nous aide à sauver nos vies. Nous n’avons nulle part où aller, nous avons des enfants et des personnes âgées avec nous. La situation est devenue insupportable », plaident les habitants.

Pour l’heure, les causes réelles, qu’elles soient liées à la stabilité du sol ou à d’autres facteurs, restent à déterminer par des experts, tandis que les murs continuent de se déchirer sous les yeux impuissants des citoyens de Nongo.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



