Le constat est sans appel. Dans son classement mondial de la liberté de la presse publié ce mercredi 29 avril, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan sombre de l’environnement médiatique guinéen. Avec une perte de huit places en un an, la Guinée pointe désormais au 111e rang mondial.
L’espoir né au lendemain du 5 septembre 2021 semble définitivement s’être évaporé. Selon le rapport 2026 de RSF, la Guinée affiche un score de 48,45, marquant une dégradation continue des conditions de travail des journalistes. Ce recul témoigne d’un durcissement du régime qui, après l’élection du président Mamadi Doumbouya fin 2025, a intensifié la pression sur les voix dissidentes.
RSF souligne un décalage flagrant entre les promesses initiales des autorités de transition et la réalité du terrain. Alors que la charte de la transition garantissait le respect des libertés fondamentales, la Haute Autorité de la Communication (HAC) est aujourd’hui pointée du doigt pour sa sévérité croissante envers les médias indépendants.
Le rapport rappelle notamment le retrait brutal de trois chaînes de télévision des bouquets de diffusion en décembre 2023 et le blocage prolongé des réseaux sociaux début 2024, officiellement justifiés par des impératifs de « sécurité nationale ».
Si la loi de 2010 a théoriquement dépénalisé les délits de presse, RSF dénonce des manœuvres juridiques visant à intimider les professionnels. Le rapport cite le cas d’un journaliste détenu pendant six semaines en 2024 avant d’être condamné avec sursis. Parallèlement, la loi de 2020 sur l’accès à l’information publique reste une « lettre morte », privant les journalistes d’un outil essentiel pour la transparence.
Le secteur privé des médias est exsangue. Le rapport met en lumière :
• Une concurrence déloyale : Les médias publics conservent un accès exclusif aux sources officielles.
• Un désastre social : L’interdiction de plusieurs organes de presse critiques en mai 2024 a provoqué la suppression de plus de 700 emplois.
À cela s’ajoutent les pressions socioculturelles. Traiter de sujets tels que les mutilations génitales féminines ou le mariage forcé expose les reporters à l’hostilité de certains groupes de pression, obligeant nombre d’entre eux à une forme
d’autocensure.
Le volet sécuritaire reste le point le plus alarmant. Entre arrestations arbitraires et agressions, l’année écoulée a été marquée par l’enlèvement du journaliste Habib Marouane Kamara, dont le sort demeure inconnu. Le rapport mentionne également le cas de Sékou Jamal Pendessa, leader syndical de la presse, emprisonné pour avoir défendu le droit de manifester.
Face à cette violence souvent impunie, l’exil devient l’unique recours pour certains professionnels, confirmant une restriction drastique de l’espace démocratique dans le pays.
Avenirguinee.org



